L’urgence sécuritaire, sujet occulté, par Ivan Rioufol

La violence ? Quelle violence ? Pour le gouvernement, il y a une urgence sanitaire et une urgence économique. Les autres désordres ne sont, pour Emmanuel Macron lui-même, qu’une somme d’ “incivilités”. C’est d’ailleurs un Conseil de défense sanitaire que présidera, mardi, le chef de l’Etat, tout à sa “guerre” contre le coronavirus. Le président a même décidé de retarder l’annonce du plan de relance économique, initialement annoncé pour cette semaine. “L’urgence est économique et sanitaire”, a d’ailleurs confirmé, ce lundi sur RTL, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. L’urgence sécuritaire, qui devrait s’imposer comme une évidence à un pouvoir réaliste, n’est pas même une expression qui vient à l’esprit des gouvernants, ni même de leurs principaux opposants.

Le somnambulisme est la marque de la macronie, héritière de trente ans de dénis sur la montée inexorable des chocs multiculturels. Les barbares qui ont saccagé, jusqu’à tôt ce lundi matin, des vitrines des Champs Elysées et des voitures du quartier, sont d’abord les protégés des belles âmes. Au nom de droits de l’homme dénaturés, celles-ci les laissent faire ou les excusent, au titre de leur appartenance à des minorités prétendument oppressées. Ceux qui les critiquent sont des “racistes”.

“Wala, on va tout casser” : voici le genre de propos entendus cette nuit à Paris par des témoins (Le Figaro), auprès de racailles dépitées par la défaite de leur club de football du Paris Saint Germain (propriété du Qatar, lui-même soutien des Frères musulmans) en finale de la Ligue des champions. En réalité, une victoire aurait eu les mêmes effets, tant ces voyous ont pris la mesure de leur impunité. Alors que le pouvoir avait montré une extrême brutalité contre la répression des Gilets jaunes (un mort, 24 éborgnés, 5 mains arrachées, 2448 blessés chez les manifestants, 1742 chez les forces de l’ordre), il observe en revanche une évidente retenue quand il a à affronter la nouvelle guerre des rues, ces petites intifadas qui cherchent la moindre occasion pour affirmer leur hostilité à la République et à la France.

Prendre les Champs Elysées pour cible répond à une visibilité recherchée. Or les images de cette nuit montrent des casseurs se déchaîner sans être inquiétés par la police. Quand Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, déclare il y a un mois: “Il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société”, il dit les mots attendus. Mais la paix civile ne se gagnera pas par la capitulation. Or l’autorité de l’Etat est en miettes. Il ne sait plus imposer que des masques aux plus dociles.

Ivan Rioufol

Texte daté du 24 août 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol