Provocations turques en Méditerranée orientale – La tension monte encore d’un cran

Les menaces de sanctions à l’encontre d’Ankara et le récent renforcement de la présence militaire française en Méditerranée orientale n’y auront rien fait : loin de jouer l’apaisement, l’islamiste Erdogan, mu par son rêve délirant de reconstitution de l’Empire ottoman et sa volonté toute musulmane de faire plier l’Europe chrétienne, a au contraire fait monter la tension d’un cran dans la région au cours du week-end dernier, en réaffirmant sa volonté d’étendre ses explorations géologiques en Méditerranée et en menaçant ouvertement ses adversaires de répondre « sans aucune hésitation » au moindre « harcèlement ».

Le président turc, qui a compris depuis longtemps déjà que l’UE n’était sur le plan diplomatico-militaire qu’une baudruche prête à se dégonfler à la première occasion, a en effet averti samedi que la Turquie ne renoncerait en aucun cas à ses projets d’exploration géologique en Méditerranée, et notamment que son navire de recherche « Oruç Reis » poursuivrait ses études sismiques illégales jusqu’au 23 août au sud d’Antalya et de Kastellorizo : « nous ne cèderons jamais au banditisme sur notre plateau continental » et « nous ne reculerons pas face au langage des sanctions et menaces ». Mieux : avertissant qu’« au moindre harcèlement, [la Turquie répondra] sans la moindre hésitation », l’islamiste d’Ankara a précisé que « jusqu’à présent, nous avons été conciliants. Mais la Grèce ne répond pas de la même manière à notre approche ». Aussi, a-t-il ajouté, « s’ils continuent comme ça, nous ferons ce qui est nécessaire » …

Loin d’être impressionné par les menaces de Bruxelles, le président turc entend donc étendre ses forages, violant les souverainetés grecque et chypriote puisque, dans une notice maritime publiée dans la nuit de samedi à dimanche, la marine turque indiquait que son navire Yavuz, déployé au large de Chypre depuis plusieurs mois, mènerait des recherches au sud-ouest de l’île, du 18 août au 15 septembre. Avec cet avertissement : « nous déconseillons fermement de se rendre dans la zone de recherche »…

La France accusée de se comporter « comme un caïd »

Rappelons que vendredi déjà, le gouvernement turc, réagissant aux mises en garde de Macron et à l’annonce du renforcement du dispositif militaire français en Méditerranée orientale, s’était permis d’accuser Paris de se comporter « comme un caïd » dans la région et d’y « accentuer les tensions »… Bref, autant de provocations jugées à juste titre « extrêmement préoccupantes » par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell qui, dans un communiqué publié par ses services dimanche, a déploré qu’Ankara « sape les efforts pour reprendre le dialogue et les négociations », avant d’appeler à nouveau le gouvernement turc à « cesser ses activités immédiatement et à s’engager de bonne foi et totalement dans un large dialogue avec l’UE ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 18 août 2020