Le drame du Kosovo, exemple à méditer

Nous avons sous nos yeux, en Europe même, l’exemple d’un pays où les musulmans ont pris le pouvoir avec la bénédiction et l’aide de l’OTAN, de l’Union européenne, et de la France. De plus, ces musulmans ne sont pas des immigrés, ce sont des autochtones.

Ce pays est le Kosovo, et les musulmans sont des Albanais, islamisés et soumis aux Ottomans depuis des siècles.

J’ai assumé la direction de la MIP (Mutuelle de l’Industrie du Pétrole) de 1982 à 1994. Notre siège social était installé dans un complexe d’immeubles de bureaux construit entre 1975 et 1980 près de la station RER de Val de Fontenay, à Fontenay–sous-Bois (94).

L’installation électrique ne justifiait pas la présence d’un technicien d’entretien à plein temps. Nous faisions appel à un technicien de la DIAC (filiale crédit de Renault), qui ne venait dans nos locaux que quelques heures pendant le week-end.

Je trouvais sur mon bureau, le lundi matin, un compte rendu de son intervention. Lorsqu’il avait quelque chose de plus important à me faire savoir, il venait me rejoindre à la cafeteria et nous prenions notre repas ensemble.

Ce technicien s’appelait Vulovic. Il était Serbe, installé en France depuis de nombreuses années, mais il retournait souvent dans son pays natal, auquel il restait très attaché. Nous parlions donc travail, mais aussi, fréquemment, de son pays d’origine.

Après l’éclatement de la Yougoslavie, la Serbie fut le théâtre de nombreux conflits, avec tou­tes les souffrances que peuvent supporter les populations dans ces guerres civiles.

Vulovic profitait de ses vacances pour accompagner des convois humanitaires qui apportaient des secours aux populations serbes. À son retour, Vulovic me faisait part de son indignation de voir qu’en Europe occidentale et même en France, alliée traditionnelle de la Serbie, les Serbes étaient toujours désignés comme les coupables. Il me décrivait les brutalités, voire les atrocités, dont étaient victimes les Serbes, notamment dans la Krajina qui appartenait à la Croatie, et dont les Serbes ont été chassés sans ménagement et dans l’indifférence générale.

En outre, Vulovic me faisait part de ses inquiétudes pour une région dont je n’avais jamais entendu parler : le Kosovo. Le Kosovo, me disait-il, a pour les Serbes la même valeur sentimentale que l’Alsace-Lorraine pour les Français. C’est là que s’est déroulée la bataille du Champ des Merles (1389), qui symbolise la lutte séculaire du peuple serbe contre l’envahisseur ottoman. De plus, le Kosovo abrite des monastères orthodoxes qui sont parmi les plus beaux de Yougoslavie.

Le Kosovo, ajoutait Vulovic, comportait au départ une faible minorité albanaise. Mais les choses ont beaucoup changé depuis 1945. Au cours de la 2e guerre mondiale, l’Italie, qui avait annexé l’Albanie en 1939, créa une « Grande Albanie » englobant le Kosovo. Cela provoqua un afflux important d’Albanais. Après la guerre, les Serbes (orthodoxes) ont adopté un mode de vie à l’occidentale avec peu d’enfants par famille. Au contraire, les Albanais (musulmans) ont continué d’avoir une très forte natalité. Ainsi, au fil du temps, l’équilibre démographique s’est fortement modifié en faveur de la population albanaise, qui est devenue majoritaire. Cela s’est accompagné d’une montée des revendications identitaires de la part des Albanais.

Depuis l’éclatement de la Yougoslavie, – toujours selon Vulovic –, les Albanais sont devenus agressifs. Des commandos armés agressent les Serbes du Kosovo, qui n’osent plus sortir de chez eux. Ils ne comptent plus que sur l’armée pour rétablir l’ordre et leur sécurité, disait Vulovic. Et il ajoutait : tout cela va très mal finir.

Voilà les propos que j’entendais entre 1990 et 1994, date de mon départ en retraite. Vulovic avait quelques années de moins que moi. Malheureusement, il est décédé prématurément, peu après ma fin d’activité.

En 1999, les forces de l’OTAN ont pilonné la Serbie avec la participation d’avions français.

J’ai repensé à ce que Vulovic m’avait annoncé de façon prémonitoire plus de sept ans auparavant.

En mémoire de lui, je suis allé porter mes dons à l’église orthodoxe serbe de Paris.

Le Kosovo est indépendant depuis 2008. Malgré les soldats de la KFOR, la plupart des monastères orthodoxes ont été saccagés.

Les rares Serbes restés au Kosovo vivent dans des enclaves entourées de barbelés, et leur sécurité est plus que précaire.

Quel sera le prochain Kosovo ?

Raymond Croella

Tribune reprise de les4verites.com