Ludovine de La Rochère : « Emmanuel Macron est tout particulièrement cynique ! »

Ludovine de La Rochère explique la mobilisation du collectif Marchons enfants ! Elle dénonce le retour précipité et « indigne » du projet de loi bioéthique avec, notamment, la PMA sans père, qui n’a rien d’urgent alors que les Français vivent des crises majeures en termes de santé et d’emploi.
« Ce projet doit être repensé et entièrement réécrit. ». « Nous organiserons des manifestations en septembre s’il le faut. »

Le collectif Marchons enfants ! était, très tôt ce matin, devant l’Assemblée nationale. Quelle était la revendication du collectif Marchons enfants ! ?

Il était important, dans le contexte actuel, d’insister, de souligner et de rappeler que cette volonté du président de la République de faire revenir l’examen du projet de loi de bioéthique est absolument inacceptable et scandaleux au regard de ce que vivent les Français.
Les Français ont bien d’autres préoccupations et difficultés qui doivent être traitées de manière diligente et urgemment.
D’autre part, ce projet de loi aborde des sujets complexes et difficiles. Il demande du temps, de la réflexion et certainement pas d’être vu entre deux portes.
Enfin, cette crise sanitaire, par tout ce qu’elle a révélé des difficultés du système de santé, de la tâche immense qui est celle des médecins, a montré qu’il fallait sans doute repenser entièrement ce projet de loi. J’ajoute que la crise a aussi mis en valeur la place de la famille, la vulnérabilité de l’homme, et a mis en valeur la nécessité de fraternité. Autrement dit, tout ce qui est absolument contraire à la PMA sans père que contient ce projet de loi. Ce n’est pas le moment de réexaminer ce projet de loi. Les députés devraient se consacrer aux urgences immédiates des Français. En outre, il demanderait d’être entièrement revu.

Dénoncez-vous un problème de calendrier ?

Il y a un double problème. Il y a d’abord le problème du calendrier. Ce projet de loi n’a rien d’urgent, bien au contraire, compte tenu de ce qu’il contient. Il n’y a, naturellement, aucune urgence à priver volontairement des enfants de père. Et ce n’est pas le moment de se repencher sur des questions aussi difficiles. Il est évident que l’exécutif comme le Parlement doivent travailler aux difficultés présentes et aux problèmes immenses. On sait qu’une deuxième vague peut arriver. Il est indigne d’aller sur des débats de fond essentiels qui sont bien sûr prioritaires. Ils sont si essentiels qu’ils ne peuvent pas être traités maintenant et n’importe comment. Ils peuvent tout à fait être traités plus tard, posément, dans un contexte serein. Ils devraient être réfléchis, analysés et approfondis et nécessiteraient même d’être complètement repensés et presque entièrement réécrits.

Qu’est-ce qui pousse l’exécutif à avancer sur ce dossier en priorité, alors que nous sommes dans une situation de tensions sociales et de fracture ?

Malheureusement, c’est vraiment de la politique. C’est un cynisme absolument extraordinaire d’Emmanuel Macron. On me dira que tous les hommes politiques sont cyniques. Emmanuel Macron l’est tout particulièrement. Je pense qu’il a voulu tout simplement profiter de l’impossibilité d’organiser des manifestations de plusieurs centaines de milliers de personnes du fait de la crise sanitaire et de notre sens des responsabilités, la protection de la santé des uns et des autres. Il sait aussi que c’est l’été, cela ne facilite pas les choses. D’ailleurs, le vote solennel de fin de seconde lecture à l’Assemblée nationale a été annoncé cet après-midi.
Le choix du calendrier permettra aux progressistes d’avancer « le plus discrètement possible ». Les médias sont concentrés sur d’autres sujets, notamment sur les violences partout en France. La crise sanitaire économique et sociale et les vacances scolaires permettront à Emmanuel Macron d’envoyer un signal sur sa gauche tout en espérant minimiser les ennuis. Il se trompe. Cela n’empêche pas de dénoncer et de faire savoir le contenu de ce projet de loi extrêmement délétère et transgressif. Ce projet de loi va, bien sûr, poursuivre son parcours législatif. Rien ne nous empêchera, s’il le faut, d’organiser et de lancer des actions de très grande ampleur à partir de septembre ou octobre.
Emmanuel Macron craint de ne pas y parvenir. Face à la pression qui lui est mise par des associations militantes, par des élus militants et des parlementaires progressistes, il cède de peur de ne pas parvenir à ses fins d’ici la fin du quinquennat. Il est inquiet, donc fait passer une nouvelle étape.
Néanmoins, il sait que le parcours est encore long. Autrement dit, malgré cette étape qui sera vraisemblablement franchie d’ici quelques jours, ce combat ne sera pas du tout perdu, bien au contraire, il faut le continuer coûte que coûte. Pour le moment rien n’est fait et il est encore possible de gagner.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire