Le piège de la dictature verte, par Jean-Gilles Malliarakis

La Convention artificielle de 150 personnes prétendument tirées au sort pour représenter la société civile peut et doit être regardée sous plusieurs angles.

Tout d’abord la démocratie se targue, par principe et par définition d’incarner le pouvoir du peuple. Et à de nombreux égards, il est loisible et même légitime de s’interroger quant aux nombreux points faibles qu’elle développe au sein des États dont elle inspire les institutions. Le gouvernement d’opinion vaut d’abord ce que valent le concept et la réalité de l’opinion publique : le court terme l’emporte trop souvent sur le long terme, et les choix des hommes de l’État soumis à l’élection reflètent le plus souvent leur préoccupation d’être réélus. À l’inverse toutes les expériences de non-réélection, y compris celle du non-cumul des mandats, se sont soldées par des échecs.

Les défauts intrinsèques de toutes les démocraties sont bien connus, depuis des siècles. Un certain Platon expliquait déjà que le point de départ de sa réflexion, qui d’ailleurs évolua considérablement après l’échec de ses premières propositions elles-mêmes utopistes, fut déterminé par la condamnation de Socrate en 399 avant Jésus-Christ dont il rend responsables les restaurateurs de la démocratie athénienne. L’Évangile nous laisse comprendre qu’entre Jésus de Nazareth et Barabbas, le peuple choisit Barabbas. Un certain Voltaire disait préférer être dévoré par un beau lion plutôt que par deux cents rats de son espèce. Un certain Rousseau écrivait que ce régime si parfait ne convient pas à des hommes : il inspira cependant les fondateurs de l’idée républicaine en France, et notamment à Robespierre, dictateur en 1793 et 1794, lui-même qui avait convaincu la Constituante de ne pas permettre l’éligibilité de ses membres à l’Assemblée Législative etc.

Toutes ces critiques méritent sans doute d’être rappelées, et au final on retiendra, cependant, avec Churchill que ce régime, sous sa forme la plus achevée, c’est-à-dire celui de la responsabilité parlementaire, se révèle certainement le pire, à l’exception de tous les autres.

En effet la force irremplaçable de la démocratie réside dans le débat : sans libre débat, aucune vérité ne saurait être découverte.

Un pays comme la France ne crève pas, en effet, de la liberté des opinions, qu’on doit probablement considérer comme l’essence positive des systèmes démocratiques : la France crève depuis deux siècles de l’égalitarisme, sous toutes ses formes, et précisément cet égalitarisme reste un tabou. Il est pratiquement interdit d’en débattre. Observez toutes les lois restrictives de libertés qui se sont imposées en France, et dont la mode s’est étendue en Europe : elles vont dans le même sens. La folie mémorielle prétendument “antiraciste” mondiale prend racine dans la glorieuse législation parisienne, etc.

Or un tabou écologiste supplémentaire est en train de se mettre en place d’une manière analogue.

On ne veut plus sauver l’homme de sa médiocrité originelle. Ce propos fondateur des religions disconvient au laïcisme, et il messied aussi, reconnaissons-le, à nos médiocrités elles-mêmes.

On prétend sauver la Planète, sauver le Climat, etc. On pourrait aussi revenir, en tant que de besoin, aux plus archaïques sacrifices humains, imaginant exorciser ainsi la colère des dieux. Au nom du Progrès bien sûr. Interdit d’en débattre, interdit même d’en rire.

Observons de plus près la ridicule petite Convention de 150 personnes réunies par la Macronie. Elles sont considérées, – on ne sait pourquoi – comme représentatives. Mais regardez bien les photos : elles donnent surtout l’impression d’incarner la sottise des groupes, l’intelligence du plus bête divisée par le nombre des participants. Il est couramment admis qu’un échantillonnage sociologique n’est tenu pour représentatif de l’opinion générale qu’aux alentours de 1 000 individus. Mais là, il s’agissait de propager des mots d’ordre, des impératifs, des slogans : 150 lambdas suffisaient.

Restera maintenant à empêcher que cette imposture soit érigée en précepteur de moraline à bon marché, comme si elle avait été dictée à Moïse sur le Mont Sinaï. Il est encore temps d’enrayer la dictature verte. On pourrait, à vrai dire, commencer ce dimanche par un geste civique, tant qu’il est encore temps, en votant par exemple pour les moins-disants en matière de délire écolo.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent