Guillaume Bigot : « Castaner a mis les deux genoux au sol ! »

Un ministre de la Justice qui se voit opposer une fin de non-recevoir à sa proposition de recevoir la famille Traoré, le ministre de l’Intérieur qui annonce ne pas sanctionner une manifestation pourtant interdite, que se passe-t-il en France ?

Pour Guillaume Bigot, il s’agit d’une manipulation : créer une fracture du corps social permet de faire diversion et de ne pas aborder les problèmes de fond.

Le feuilleton n’en finit plus entre l’affaire Traoré et l’exécutif. D’après Christophe Castaner, ces manifestations interdites ne feront pas l’objet de poursuite. Le garde des Sceaux demande à rencontrer la famille d’Adama Traoré. Cette demande a été rejetée par l’avocat au nom de la séparation des pouvoirs. On a l’impression qu’on s’oriente vers l’affaire Leonarda puissance 10.

Quelle est votre impression ?

On ne peut pas poursuivre une foule. Cela n’a pas de sens, même si on peut poursuivre les organisateurs. Il y a, bien évidemment, deux parties qui s’affrontent. La famille Traoré et l’avocat de la famille Traoré, comme tous les avocats, font feu de tout bois pour obtenir la satisfaction de leur demande devant les tribunaux. Il n’y a rien de très étonnant. En revanche, ce qui est étonnant, c’est la réaction de l’État incarnée par Christophe Castaner parce qu’il y a de 15.000 à 20.000 policiers blessés dans l’exercice de leur fonction, dont plusieurs milliers très gravement, qui finissent en chaise roulante et handicapés. Dans un contexte de violence et de tension, il peut y avoir des bavures. C’est peut-être le cas pour Traoré, mais on ne sait pas. En revanche, on sait que son arrestation a été brutale et violente. Dans ce contexte-là, il est tout de même très étonnant que Christophe Castaner pose les deux genoux à terre et ne défende pas ses troupes. Il ne défend pas ce CRS noir qui a été sifflé et traité de vendu. C’est inacceptable.

On a l’impression que, pour ce pouvoir, la loi n’est plus la même pour tous. Il déchire le pacte républicain et le contrat social. S’il pense faire passer cela pour de l’antiracisme, c’est bien évidemment du racisme. Comme les fascistes noirs du CRAN sont des racistes. Comme les indigénistes sont des racistes. Ce pouvoir est tétanisé. La bourgeoisie a très peur d’être accusée de racisme. Finalement, elle tombe dans ce qu’elle dénonce. L’état d’urgence sanitaire et le confinement ne doivent pas être appliqués de la même façon des religions, des quartiers et des couleurs de peau, cela s’appelle du racisme. Si vous ne défendez pas vos troupes parce qu’on les accuse de racisme avec une présomption de racisme parce que la personne en face qui vous accuse de présomption de racisme n’a pas la bonne couleur de peau, c’est du racisme. Si, en face, il y avait des suprémacistes blancs, des gens d’extrême droite qui faisaient la même chose, on leur tomberait dessus à juste titre pour les faire taire et leur dire qu’ils sont racistes. Là, ce n’est pas le cas, il y a une gêne. Cette gêne de la bourgeoisie montre bien que, pour les bourgeois dont M. Castaner et M. Macron font partie, nos compatriotes d’origine musulmane ne sont finalement pas des Français comme les autres. Il faut prendre des pincettes avec eux. C’est du racisme.

Ce deux poids deux mesures permanent rend les choses complètement dingues…

On peut soupçonner une manœuvre politicienne. Il y a une forme d’antiracisme exacerbé et maladif. Quand votre frère ou votre ami fait des bêtises, vous vous fichez de sa couleur de peau et de son origine. Vous le lui dites et vous n’éprouvez pas cette gêne. Au-delà de cette gêne qui est à connotation raciste, il y a une manœuvre politicienne. C’est très intéressant de remplacer la lutte des classes par la guerre des races. Premièrement, cela va diviser les gens modestes, les salariés et les pauvres face au capital. Ils vont se taper dessus entre eux à raison de leurs religions, de leurs origines ou de leurs races supposées.

Deuxièmement, cela va remuer des choses assez profondes et qui correspondent à des représentations de la société qui sont quasiment antagoniques. Or, la dignité et le rôle du politique sont non seulement d’assurer la paix dans la cité, mais aussi d’unir. Le politique concerne au premier chef le bien commun et l’intérêt général. Et là, c’est précisément l’inverse. Ce sont des tactiques employées pour que les gens se divisent. Cela fonctionne très bien.

Sur les sujets comme la légalisation du cannabis, l’adoption pour les homosexuels ou le racisme en France, vous avez immédiatement les pour et les anti. Vous avez une sorte de cristallisation et, pendant ce temps-là, comme dirait les tontons flingueurs, « touche pas au grisbi, salope ». On n’aborde pas les sujets de fond que sont la mise en place du soutien à nos entreprises, la protection dans certains secteurs vulnérables de la mondialisation. On n’a pas le droit de parler de la machine infernale qui va dévorer la démocratie de l’intérieur en construisant deux forces. Il y a une manipulation.

À plus petite échelle, les élections font croire qu’il existe un racisme systémique. Cela permet aux gens totalement convertis au marché et au capitalisme de faire croire qu’ils sont de gauche.

Si on lit entre les lignes, d’énormes critiques se préparaient à l’encontre du gouvernement suite à cette gestion de Covid-19. Tous les problèmes politiques passent au second plan derrière ce faux débat sur la race…

Bien sûr, cela fait diversion. Ils savent que cela va choquer. Emmanuel Macron, avec ses photographies prises dans les Antilles, à Saint-Martin, ou avec l’espèce de fête de la Musique qu’il a transformée en Gay Pride à l’Élysée, est une stratégie de provocation probablement volontaire. Il y a, dans la mentalité de cette pseudo-élite, l’idée que le peuple, la masse des citoyens anonymes seraient tous racistes et homophobes. C’est à la fois le moyen de vérifier ses propres fantasmes et son mépris de classe. C’est aussi le moyen de fracturer le corps social et l’électorat. Cela fait vraiment diversion et conforte la classe dirigeante dans ses préjugés. Ils nous mettent dans un sac où tous les Français sont racistes, xénophobes, islamophobes et homophobes. À chaque fois qu’on provoque, on a un phénomène de division de la société et on peut réactiver de manière absolument factice des clivages.

En réalité, il y a évidemment du racisme. C’est indiscutable. Cela existe dans la société. Il y a du racisme noir à l’égard des Blancs, mais aussi du racisme de certains Blancs à l’égard des Noirs, etc.

Vous avez quand même des policiers noirs, blancs, jaunes et maghrébins d’origine qui sont tous unis sous le même uniforme et qui essaient de rétablir l’ordre pour pas beaucoup d’argent et un énorme manque de moyens. Certains d’eux commettent des fautes, mais dans l’ensemble, ils font bien leur travail. Malgré cela, ils se font cracher au visage.

On peut comprendre la souffrance de la famille Traoré qui a perdu un enfant de 24 ans. C’est terrible, il n’y a pas de doute là-dessus, mais quand on regarde le pedigree d’Adama d’abord, et de la famille Traoré ensuite, les bras nous en tombent. Évidemment cela ne justifiait en rien sa mort. Il faut que toute la lumière soit faite sur sa mort, que les juges s’emparent de cette question et que la justice passe. Si les policiers ou les gendarmes ont commis des fautes, qu’ils soient durement sanctionnés. Ce n’est pas la question.

L’idée est de prendre une tête d’épingle et de cacher la forêt grâce à cette tête d’épingle.

Je vous rappelle que la forêt, c’est 20.000 fonctionnaires de police blessés et une violence physique gratuite contre les personnes toutes les trois minutes en France. C’est cela, la masse du problème. On prend un détail et, grâce à ce dernier, on fait diversion.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire