L’Etat implacable, pétrifié par la culpabilisation, par Ivan Rioufol

L’Etat implacable se montre pétrifié par la culpabilisation. Les accusations en racisme portées contre lui ou sa police par des minorités ethniques ont pour effet de rendre ces dernières intouchables. Leur statut de victimes, qu’elles s’auto-délivrent, les exonère du droit commun. Mardi soir, 20.000 personnes ont bravé l’interdit de la préfecture de Paris, ainsi que l’état d’urgence sanitaire qui proscrit tout regroupement supérieur à dix personnes.

Rassemblés devant le tribunal de grande instance de Paris, les manifestants étaient mobilisés par le collectif Vérité pour Adama. Ils entendaient protester contre les “violences policières” qui seraient selon eux à l’origine du décès d’Adama Traoré en 2016, à la suite d’une interpellation. En décembre 2018, l’Arc de Triomphe pris d’assaut par des groupes d’extrême gauche avait déjà été tagué du slogan : “Justice pour Adama”. Une nouvelle et récente expertise médicale a mis hors de cause les gendarmes. Mais celle-ci était hier à nouveau contestée par la famille. Samedi 30 mai, 5500 “sans-papiers” avaient également défilé dans les rues de Paris, s’exonérant eux aussi des interdits de la préfecture et de leur propre condition de clandestins. Cette première démonstration de force depuis le déconfinement répondait aux mots d’ordre de 195 organisations “antiracistes”. Un hélicoptère observait le déroulé de la protestation de ces illégaux qui criaient : “Police assassin !”, “On veut des papiers !”.

Ces mouvements diversitaires de désobéissance à la loi se comportent en conquérant face à un Etat qui baisse les yeux. Ils pensent avoir trouvé une nouvelle dynamique après la mort, le 25 mai à Minneapolis, de George Flyod : un délinquant noir étouffé par son immobilisation à terre, sous le genoux d’un policier blanc. Hier, les émeutes urbaines, qui se sont propagées dans les Etats-Unis, ont atteint Manhattan. En dépit du couvre feu, de nombreux magasins y ont été pillés.

La tension est devenue telle que Donald Trump a évoqué la possibilité de faire usage de l’Insurrection Act, qui lui permettrait de déployer l’armée pour mettre un terme à l’insurrection civile. Reste que ces indignations morales ont du mal à dissimuler leur objectif plus politique, visant à déstabiliser le modèle américain. La mort de Flyod est instrumentalisée par l’extrême gauche américaine et les mouvements “antifa” qui, comme en France, se comportent par leur violence comme les fascistes qu’ils disent combattre. Trump a même suggéré de classer ces organisations comme terroristes. Le visage que montrent ces insurgés, pris comme modèles par les amis d’Adama Traoré, est répulsif. Jean-Luc Mélenchon croit y voir une forme de “gilet jaunisation” de la révolte américaine. Mais les Oubliés, qui furent la matrice de ce réveil français, semblent là-bas davantage à l’écoute de Trump. Son imperméabilité à la culpabilisation face aux casseurs pourrait rassurer les électeurs…

Ivan Rioufol

Texte daté du 3 juin 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol