Déconfinés, mais surveillés et (au besoin) punis: la magie du «en même temps»

Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre a pensé que le refrain bien connu ferait illusion. Mais les Français ne peuvent être «en même temps» libérés et contrôlés, juge la philosophe Julia de Funès.

Par-delà la difficulté de l’exercice, la justesse du ton et le bien-fondé probable des mesures prises, le discours d’Édouard Philippe devant l’Assemblée nationale fut l’incarnation de la pirouette terminologique qu’est le «en même temps». Le «en même temps» de la complexité ne prenait-il pas soudain quelques airs de duplicité?

Nous serons déconfinés mais en même temps plus contrôlés. Nous passerons de l’enfermement à l’examen, de l’isolement à la surveillance: massification des tests, identification des cas-contacts, mises en place de brigades, plan de mise à l’abri, quadrillage géographique départemental, kilométrage limité. On troque une restriction de liberté physique contre une restriction de liberté psychologique.

Tout sera vu, visible, traçable, traqué, justifiable, justifié. Nos comportements seront moins limités mais davantage conditionnés parce que hautement contrôlés. Devenir moins libres tout en l’étant plus, c’est la magie du «en même temps».

Ce contrôle ne suspend pas en même temps la confiance du gouvernement envers la population, annonce le Premier ministre. Comment faire confiance tout en contrôlant? Faire confiance revient – comme l’étymologie l’indique: cum fidere, avec foi) – à croire en l’autre, à parier avec la dose d’incertitude inhérente à toute croyance. Si on croit c’est qu’on ne sait pas. À l’inverse lorsque l’on contrôle, nous ne sommes plus dans la croyance et son doute consubstantiel, mais dans la connaissance des preuves. Il y a des phases de contrôle, des phases de confiance, mais les deux, de manière concomitante, restent impossibles. Comment être à la fois dans la croyance et la connaissance? Croire tout en ayant la preuve? C’est l’illusion du «en même temps».

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