Aéroport d’Alger : panique des « binationaux » coincés au bled…

On aura assisté, ces derniers jours, à des scènes qualifiées de « sidérantes » par le quotidien El Watan, à l’aéroport Houari-Boumédiène d’Alger. Au début de la pandémie, on avait vu, à l’aéroport d’Orly et sur le port de Marseille, des centaines d’Algériens et de binationaux franco-algériens, tenter de rejoindre le bled (supposé alors moins touché par le virus).

Depuis avril, mouvement inverse : des milliers de personnes essaient, dans une cohue et une promiscuité indescriptibles, de rejoindre l’hexagone supposé, malgré des ratés impressionnants, mieux encadré médicalement et sanitairement. On rappellera au passage que l’Algérie ne reconnaît pas la double nationalité : pour Alger, un Algérien, même doté d’un passeport français, reste un Algérien, point barre.

Depuis la fermeture de l’espace aérien pour cause de coronavirus, l’aéroport Houari-Boumédiène est fermé. Sauf pour des vols d’Air France dits « de rapatriement (sic) ». Le 15 avril dernier, Air France avait affrété un avion pour récupérer ce que, pour la circonstance, El Watan appelle des ressortissants français. Quelque 200 places disponibles. Et la promesse d’autres vols par la suite. Mais ils auront été des milliers à investir l’aérogare ce jour-là. Ce qui arrache ce cri du cœur à El Watan : « Le spectacle est humiliant pour ces citoyens et ces familles qui vivent le calvaire loin de leurs chez-soi. Sans compter le risque aggravé d’une contamination au virus corona dans la promiscuité imposée dans de telles circonstances. »

Le couvre-feu ayant été instauré à Alger de 15 heures à 7 heures du matin, des centaines de gens avaient passé, dans des conditions qu’on imagine, la nuit à l’aéroport pour avoir une chance de prendre l’avion du lendemain. Qui sont ces candidats au retour que El Watan nous donne comme des « ressortissants d’Air France », donc des « Français » si on comprend bien ? Des binationaux et des détenteurs de titres de séjour. Qui tiennent la France pour « responsable de leur calvaire » comme le dit avec colère l’un de ces binationaux : « Les autorités ont rapatrié les Français de souche en premier et nous, les binationaux, nous sommes le dernier de leurs soucis. Nous payons pourtant nos impôts en France ! ».

Ce qui arrache ce trémolo à El Watan : « Pour ces gens, leur vie est en France, ils y travaillent, ils y ont leur famille, leur maison ; et beaucoup rencontrent des complications dans leur emploi, comme Naïma B., une architecte venue enterrer son père le 15 mars et qui n’a pas pu rentrer suite à la suspension des vols d’Air France, et à qui son employeur a refusé le télétravail en la mettant de fait en congé. Ces drames se comptent par centaines et se racontent sur une page Facebook nommée Binationaux bloqués en Algérie et créée à l’occasion par des concernés. »

A noter que ces binationaux ayant par définition deux nationalités, ils ne sont pas en terre étrangère en Algérie… Certains qui, il y a peu de temps encore, portaient – en France – le maillot de l’équipe de foot algérienne et qui – en France – déployaient des drapeaux FLN, se découvrent soudain furieusement hexagonaux : « Il y a des personnes malades et privées de leurs médicaments introuvables en Algérie. »

Cela ne les empêche pas de s’en prendre à l’ambassade de France et à ses consulats et de poser cette question pour le moins hors-sol de la part de gens qui crient, à chaque occasion, que l’Algérie est leur vraie patrie : « Pourquoi la France nous abandonne ? » Côté ambassade, on invite « tous ceux qui n’ont pas une raison impérieuse de rentrer en France à éviter autant que possible les déplacements internationaux, même pour revenir sur le territoire national ». C’est un conseil judicieux. On pourrait peut-être le prolonger après la fin de la pandémie, non ?

Alain Sanders

Article paru dans Présent daté du 29 avril 2020