Annulation de la dette : le Zambèze avant la Corrèze

Macron et le pape François ont une solution miracle pour combattre le coronavirus : opérer une annulation massive de la dette des pays pauvres. Vous voyez le rapport ? Pas vraiment. Mais le pape François pousse à cette annulation. Il l’a dit dans son message pascal. Lundi, le président Macron a évoqué lui aussi une « annulation massive » de cette dette.

Montant de la dette : 365,5 milliards d’euros. Ce n’est pas une bagatelle. Mais après tout, au point où l’on en est… 25 pays seraient les heureux bénéficiaires de ce transfert de richesses. Parmi ces pays, figurent plusieurs pays francophones, d’anciennes colonies françaises avec lesquelles nos liens restent évidemment très forts, comme la Centrafrique (ex-Oubangui-Chari), Madagascar, le Mali (ex-Soudan français), la Guinée, etc. Pays pauvres ? Si l’on veut. Mais, dans ce groupe de 25 pays pauvres, on trouve des pays potentiellement riches comme, par exemple, la République démocratique du Congo (ex-Congo belge), pays immense, eldorado victime de guerres internes à répétition.

Sur CNews, Eric Zemmour a souligné l’aberration ou du moins le caractère très inapproprié de cette proposition présidentielle, au moment précis où l’on nous prépare à une catastrophe économique sans précédent, dans un contexte de récession mondiale : « Les Français qui ont entendu cela auraient préféré qu’on annule leurs dettes à eux. » Mais l’éditorialiste a aussi émis quelques hypothèses sur cette soudaine générosité en pleine crise sanitaire : « Je pense qu’ils annulent la dette pour empêcher une nouvelle vague migratoire vers l’Europe. »

La moindre des contreparties pourrait être en effet la remigration des flots de clandestins ayant submergé l’Europe ces cinq dernières années.

Quelles contreparties ?

« J’aurais aimé, remarque Zemmour, qu’on demande des contreparties aux chefs d’Etat africains ! » Les pays européens et spécialement la France sont peu portés sur la contrepartie, car notre passé de colonisateurs nous l’interdit, semble-t-il. Et même si les chefs d’Etat africains n’en demandent pas tant, le zèle de la repentance vient satisfaire leurs rêves les plus fous.

Quand se produira cette annulation de la dette, ce cadeau de 365,5 milliards ? Pour le coup, Macron reste flou : « C’est une formidable avancée. Le temps de la crise, on laisse les économies africaines respirer. » Tandis que notre propre économie s’effondrerait ? Pour l’heure, nous n’en sommes qu’à l’idée d’un moratoire sur la dette de ces pays, moratoire qui devrait être décidé dès cette semaine. Le Fonds monétaire international a pour sa part versé 500 millions de dollars.

Mais, pour apprécier pleinement la situation, il faut noter que les créances chinoises représentent 40 % de ces 365,5 milliards de dollars, et que les créances des pays du Golfe ne sont pas négligeables non plus.

Si la France, l’Europe sont prêtes à un moratoire puis à une annulation de leurs créances, sans exiger la même action de la part de ces pays, ce serait un incroyable cadeau fait indirectement à la Chine.

Mais si ce cadeau français et européen était conditionné à un effort identique de la part de la Chine, alors il n’est pas certains du tout que cet effacement de dette s’opère. La Chine va-t-elle en effet renoncer à ses 160 milliards ? C’est donc peut-être ce pays qui nous sauvera de nous-mêmes, ou plus exactement de l’incroyable générosité de nos dirigeants… sauf pour les Français.

Article paru dans Présent daté du 16 avril 2020