Un discours d’un vide sidéral – Un mois ferme !

Vingt-huit minutes. Le discours prononcé par le chef de l’Etat était long. Inversement proportionnel à la densité de son contenu. Dans les dix premières minutes, il a fallu se concentrer pour réussir à tirer la moindre information du laïus. Fidèle à lui-même, Emmanuel Macron a, avec une aisance parfaite, débité du vide. Le temps des discours énergiques du début du quinquennat, comme celui qu’il avait prononcé pour Arnaud Beltrame, semble dater d’une éternité. Ces discours étaient à l’époque écrits par Sylvain Fort, un auteur publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux bien connues de nos lecteurs, et gage d’une certaine qualité de style.

Peut-être est-ce en son souvenir qu’Emmanuel Macron a eu quelques éclairs de vérité, en particulier lorsqu’il a reconnu « des failles et des insuffisances. » Plus encore : « Etions-nous préparés à cette crise ? A l’évidence, pas assez. » Une manière de répondre non. « Mais, comme vous, j’ai vu des ratés, des lenteurs. […] Nous en tirerons toutes les conséquences, le moment venu. » Des déclarations exaspérantes, car elles laissent toujours espérer une prise de conscience présidentielle, mais s’arrêtent toujours à quelques pas du concret. Les téléspectateurs durent patienter jusqu’à 20h10 pour avoir une première information, soit après huit minutes de pédalage dans la semoule : le début du déconfinement se fera à partir du 11 mai, soit dans un mois. C’est tout. Pas de précisions claires sur le calendrier envisagé, sur les métiers qui reprendront, sur les rassemblements privés ou publics comme les mariages : le flou le plus absolu. A peine quelques indications, comme la réouverture des crèches, des collèges et lycées, mais pas de l’enseignement supérieur. Et le plus important, les bars ne sont pas près d’ouvrir.

Sur le plan financier, Emmanuel Macron a assuré qu’une aide particulière sera versée aux familles les plus modestes, et aux étudiants les plus précaires. Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie, durement touchés, bénéficieront aussi d’aides. Enfin, le président a appelé à « l’annulation massive de la dette africaine ». La Corrèze aura moins que le Zambèze.

Vers 20h20, le président a désigné l’emploi massif de masques et de tests comme étant les clefs pour un déconfinement définitif. Il aura fallu quatre mois pour que l’Etat français finisse par le reconnaître, face au consensus mondial et à la réussite insolente des pays d’Extrême-Orient. Pour exemple, la Corée du Sud a organisé ce week-end des élections, avec des bureaux de vote sécurisés, où le matériel de protection individuelle et collective était largement distribué. Pas certain que Sibeth Ndiaye passe le printemps : la porte-parole ne peut pas être lâchée en pleine crise, mais ses initiatives désastreuses et mensongères ont été rattrapées par la réalité.

Enfin, dans les derniers instants, Emmanuel Macron a assuré qu’il avait pris conscience qu’il allait falloir changer, et faire émerger un nouveau monde. « Chacun va devoir se réinventer, et moi le premier. » Au programme de son chemin de Damas, la reconstruction d’une souveraineté industrielle, médicale, plus de social, et plus d’humilité. Encore eût-il fallu qu’il précisât quelle entité bénéficiera de cette souveraineté retrouvée. L’UE ou la France ?

Benoît Busonier

Article paru dans Présent daté du 14 avril 2020