COVID-19 : l’Etat fait la manche !

Imaginez une nation qui demanderait à ses citoyens un don d’argent permettant de faire fonctionner les services publics. Imaginez un pays qui demanderait à ses habitants une contribution financière en échange du bon fonctionnement de ses missions régaliennes. Vous me direz très certainement que cela existe déjà et que cela s’appelle les impôts. Certes. Mais que diriez-vous si cette demande de dons venait se juxtaposer à nos impôts ? Que diriez-vous si en plus des 47 % de charges et d’impôts que l’Etat prélève, on vous demandait gracieusement un effort supplémentaire ?

Vous ne rêvez pas, il ne s’agit pas d’un poisson d’avril en retard, c’est réellement ce que Gérald Darmanin vient d’annoncer benoîtement. Un appel aux dons pour soutenir les entreprises.

En pleine crise sanitaire, alors que le confinement réveille le spectre de la faillite pour les entreprises françaises, le gouvernement en appelle à la générosité des entreprises et des particuliers. Ce n’est donc pas Gérald Darmanin qui s’installe à leur chevet mais nous. Outre un report de charges de presque quatre milliards d’euros correspondant à la demande de 507 000 entreprises, ce qui représente un manque à gagner pour l’Etat de très exactement 5,2 milliards d’euros. Le gouvernement aurait également reçu une demande de reports d’impôts de la part des entreprises, demande satisfaite dans 84 % des cas pour un montant de 2 milliards d’euros.

Ce report de charges fiscales et sociales vient donc s’ajouter au dispositif de chômage partiel mis en place afin d’aider les entreprises à surmonter cette crise.

Cette quête vient s’ajouter à celles plus pressantes lancées par les hôpitaux publics afin de faire face à l’épidémie de COVID-19. La sixième puissance mondiale est donc à genoux et ne tient son rang que grâce à l’épargne des Français. De vos livrets A, vos épargnes retraite et vos assurances vie dépend donc la bonne santé financière de la nation.

Peu importe l’abrogation de l’ISF ayant fait chuter les dons, peu importe les dividendes records versés par les entreprises cette année à leurs actionnaires, peu importe la gabegie des dépenses publiques, non seulement on vous retire les services publics, non seulement les missions régaliennes de l’Etat ne sont plus assumées, non seulement on vous demande de mettre la main à la poche en sauvant l’hôpital (que vous financiez déjà par vos impôts), mais en plus il faudrait donner pour sauver les entreprises.

Et si vous ne donnez pas, que se passera-t-il ? On viendra tout simplement ponctionner vos économies !

Oui, oui ils en ont le droit… Prenons une parabole : Un voleur rentre chez vous et vous dérobe tous vos biens. En vous volant il se blesse car la maison était mal rangée. Au tribunal, le juge vous condamne à lui laisser la moitié de vos biens et à le dédommager pour sa blessure. Vous sortez du tribunal et ce même voleur tend la main et vous demande une aumône que vous lui donnez. Une scène sympathique en perspective…

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 1er avril 2020