La « mascarade » de Buzyn ? Une affaire d’Etat, par Francis Bergeron

Ce qui se passe actuellement sous nos yeux est tout simplement une affaire d’Etat. Et elle se déclenche au pire moment. Agnès Buzyn, l’ex-ministre de la Santé, dans un entretien au Monde, fait des révélations stupéfiantes, à propos de la crise du coronavirus, et à propos de sa candidature à la mairie de Paris. Elle distille en outre des petites phrases très dangereuses pour ce gouvernement dont elle était, il y a très exactement un mois, l’un des membres les plus éminents.

Depuis le lieu de leur confinement, les Français assistent à un tremblement de terre : Madame Buzyn avoue qu’elle connaissait depuis le 11 janvier la gravité de l’épidémie, et que le gouvernement a menti au pays. Et du même coup elle dévoile ses propres mensonges, ses errements.

Après cette confession, elle a annoncé son retrait de la compétition électorale, et laissé deviner un retrait de la politique. « Je me demande ce que je vais faire de ma vie » s’interroge-t-elle, en effet.

Rappelez-vous : le 16 février, alors qu’était annoncée une déculottée (au figuré) de Griveaux, dans la compétition pour la conquête de la mairie de Paris, le gouvernement annonçait que la populaire ministre de la Santé, Agnès Buzyn, allait le remplacer au pied levé. Les grands médias avaient applaudi ce choix.

Le 15 mars, la candidate LREM était largement distancée par Hidalgo et Dati. De cela, elle aurait pu se relever. Mais de ses propos au Monde, elle ne se relèvera pas : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Il va y avoir des milliers de morts (…). On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. » Peur d’être contaminée ? Peur qu’elle soit rattrapée par ses mensonges ? Par les mensonges d’Etat ?

« Scandale sanitaire majeur »

Jordan Bardella a parfaitement résumé la situation ainsi créée : « Si ces affirmations sont exactes, la crise sanitaire peut désormais se doubler d’un véritable scandale sanitaire majeur, que la nécessaire unité nationale en cette période trouble ne pourra mettre sous le tapis. Ont-ils minimisé la crise, tardé à prendre les mesures nécessaires malgré un risque connu ? Pour quelles raisons ? »

Madame Buzyn affirme qu’elle avait prévenu, dès le 11 janvier, le chef de l’Etat de la gravité de la crise qui s’annonçait. Le 30 janvier, elle dit avoir indiqué à Edouard Philippe qu’il fallait suspendre les municipales. Pourtant quand elle a quitté son ministère, elle a prétendu que tout était maîtrisé, sous contrôle

Dans un communiqué, Agnès Buzyn, affolée par l’impact de ses propos, a tenté de les nuancer. « Je regrette l’utilisation du terme de « mascarade » (…). Je regrette la tonalité de cet article et l’utilisation qui en est faite. » Dans le 20 heures de France 2, Edouard Philippe a lui aussi essayé de calmer les esprits. Il a expliqué que les opinions étaient divergentes, au début de la crise, et que la décision de maintenir le premier tour des municipales n’avait pas suscité d’objection de la part des scientifiques. Il a soutenu en outre que l’opposition avait demandé ce maintien. Ce qui n’est pas faux.

Il n’empêche que les propos de Buzyn, s’ils sont exacts, exposent les responsables (dont elle-même) à des poursuites pénales, un peu comme dans l’affaire du sang contaminé. Et s’ils sont faux, il faut alors s’interroger, une fois de plus, sur les choix de la garde rapprochée du macronisme.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 18 mars 2020