Le nécessaire retour aux frontières, par Ivan Rioufol

Le nécessaire retour aux frontières, par Ivan Rioufol

Fron-tière : un mot que le progressiste a du mal à épeler et à prononcer. Pour les convertis à la nouvelle religion des droits de l’homme et aux sociétés ouvertes, rien ne doit plus distinguer ni séparer les nations et les peuples. L’utopie est en vogue dans la macronie, ce produit de l’air du temps. Il y a deux semaines, parlant de l’épidémie du coronavirus, le ministre de la Santé, Olivier Véran, déclarait : “On ne fermera pas les frontières car ça n’aurait pas de sens“. Propos repris dans la foulée par la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye : “Les frontières physiques n’ont pas de sens pour un virus”. Pas de sens : une expression répétée dès lors par la moutonnerie médiatique, s’évertuant à ne pas voir non plus le lien entre la mondialisation et la contamination du Covid-19 comme une traînée de poudre. Mais qu’observe-t-on ces jours-ci, sinon le recours aux frontières, aux confinements, aux quarantaines ? Après Israël, qui a fermé ses entrées immédiates aux arrivants des pays à risque (dont la France), l’Italie a décidé ce week-end de faire vivre le nord du pays – de Milan à Venise – dans une sorte de camp retranché jusqu’au 3 avril.

Pour sa part, la Chine assure avoir maîtrisé le virus après avoir cloîtré 56 millions d’habitants. Comment l’Etat français peut-il soutenir, sinon par un a priori idéologique qui rend sot, qu’un virus transmissible par le contact humain se joue des frontières physiques ? Sans doute ne sont-elles pas suffisantes. Mais la France et l’Italie, les deux pays d’Europe les plus affectés, paient aussi le prix d’aveuglements politiques sur le rôle protecteur que peuvent avoir les nations soucieuses de maîtriser leurs portes.

En réalité la frontière n’a pas fini de s’imposer comme une nécessité à ceux qui pensaient en avoir fini avec ce concept ringard défendu par des arriérés. Le coronavirus est la mauvaise conscience des mondialistes. Ceux-ci sont condamnés à déplorer, ce lundi, l’effondrement des marchés boursiers, de Hong Kong à Londres. En France, l’impact sur l’économie devrait être de plusieurs dixièmes de points de PIB, selon le ministre du Budget, Bruno Le Maire. Et la menace parallèle que fait courir la Turquie d’Erdogan sur l’Europe et ses nations oblige encore davantage à réhabiliter en urgence ces indésirables limites territoriales. Elles s’avèrent plus que jamais indispensables. A l’invasion du virus chinois s’ajoute en effet la tentation du sultan islamiste de conquérir l’Europe vénusienne, en s’abritant derrière des réfugiés moyen-orientaux et notamment des femmes et des enfants.

Le président turc est attendu ce lundi à Bruxelles. Mais il est à craindre que l’Union européenne herbivore ne rende à nouveau les armes devant la Turquie carnivore. Erdogan, qui se bat pour la consolidation de ses propres frontières, connait la fragilité de celles de l’UE. Il a mesuré la culpabilité postchrétienne de ses dirigeants. Dimanche, il a appelé la Grèce à “ouvrir ses portes” aux migrants : “Hé, la Grèce ! Je te lance un appel…Ouvre tes portes également et libère-toi de ce fardeau. Laisse-les aller dans d’autres pays européens”. Qui bottera le cul de la brute ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 9 mars 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol