Coronavirus – Le virus de la mondialisation

« Il ne faut pas évoquer les frontières, parce que le virus n’en fait aucun cas ». Voilà en substance ce que racontent les gouvernements européens. Jusqu’au moment où le réel arrive jusqu’à eux, et que les premiers des leurs sont infectés. Quatre députés français, un sénateur et le ministre de la Culture Franck Riester sont positifs au coronavirus. La Lombardie, poumon économique de l’Italie, est mise en quarantaine (voir page 3). Les frontières seraient inutiles mais les zones de quarantaine le seraient ? La pilule commence à être un peu douloureuse pour les peuples.

La conséquence des mises en place de zones de quarantaine un peu partout sur la planète permet de faire à très grande échelle une expérience anthropologique des plus intéressantes : l’observation des comportements face à la pression. Les premières vidéos clandestinement mises sur Internet depuis la Chine permettent de voir une population disciplinée à l’extrême, très docile aux commandements administratifs. Les hôpitaux de campagne sont en ordre, et les supermarchés sont sécurisés par un déploiement policier. Des volontaires encadrés par l’armée surveillent et contrôlent l’accès aux points de passage des zones confinées. Au-delà de la mentalité légaliste de ce peuple, la dictature communiste n’est pas un régime qui incite au désordre, la police étant au service d’un exécutif impitoyable pour lequel l’ordre public est tout.

A contrario, en Italie, l’annonce du confinement de la Lombardie a donné lieu à des scènes navrantes. Le gouvernement est en partie responsable : ses atermoiements et l’imprécision de sa communication ont donné le sentiment qu’il ne maîtrisait pas la situation. Dès lors, lorsque la Lombardie a été proclamée en quarantaine, des milliers de personnes se sont précipitées dans les trains et sur les routes pour fuir. D’autre part, des émeutes ont immédiatement éclaté dans au moins vingt-sept prisons, en particulier à Naples et Pavie. Dans les Pouilles, à Foggia, une cinquantaine de détenus se sont évadés. Une grosse trentaine ont d’ores et déjà été interpellés par les forces de l’ordre.

En France, les comportements varient considérablement d’un kilomètre à l’autre. Dans le quinzième arrondissement de Paris, les rayons pâtes et riz sont très faiblement touchés, seul quelques rares produits étant en rupture de stock, comme les plus grands conditionnements de pâtes les moins chères. Les consommateurs sont calmes, et responsables, et si d’aucuns font des provisions, ce n’est pas au détriment de tout le monde via des chats inconsidérés. Mais non loin de Paris, à Mantes-la-Jolie, endroit connu pour sa très grande proportion de population immigrée très récemment française ou qui ne l’est pas encore, les rayons de denrées non périssables ont été pillés. Cédant à l’appel de la panique, la population a créé des mouvements de foule avec des conséquences tristement idiotes qui en sont le corollaire. A noter que les pâtes sans gluten sont souvent demeurées sur place, la panique ne faisant pas perdre l’intégralité du bon sens.

La crainte de la faim crée des clients faciles pour ceux qui n’ont honte de rien. Sur Internet, les produits alimentaires livrés par Amazon ont connu une hausse spectaculaire des prix, illustrée par une boîte de conserve de maquereaux dont le prix est monté à plusieurs dizaines d’euros. Autre motif de spéculation, le papier toilette est en rupture de stock dans plusieurs endroits, et des vidéos de bagarre entre clients pour quelques rouleaux ont été observées, notamment en Australie. Les magasins disposant d’un service de « drive », c’est-à-dire d’achats faits sur Internet et récupérables à un guichet, voient leur activité exploser : jusqu’à 90 % de vente sur les pâtes et le riz en France. Plusieurs gouvernements ont décrété des restrictions : pas plus de quatre rouleaux de papier toilette en Australie, idem pour le gel hydroalcoolique, les conserves, le sucre, etc. Une expérience tragique mais intéressante à analyser, et dont il ne faudra pas se priver de tirer des enseignements pour sécuriser notre futur.

Benoît Busonier

Article paru dans Présent daté du 10 mars 2020