Erdogan menace l’Europe de submersion migratoire

A la recherche d’un soutien international pour faire plier l’armée de Bachar al-Assad dans la région syrienne d’Idlib, Recep Tayyip Erdogan a annoncé ouvrir ses frontières vers l’Union européenne pour laisser passer son flot de migrants.

Le président de la République de Turquie a annoncé, samedi 29 février, l’ouverture de ses frontières vers l’Union européenne. Une décision qui concerne « 18 000 migrants depuis vendredi », selon les autorités turques qui veulent mettre la pression sur les dirigeants européens afin d’obtenir du soutien dans le bras de fer qui les oppose à Vladimir Poutine et Bachar al-Assad dans la région nord de la Syrie.

Jeudi dernier, 33 soldats turcs ont été tués dans des frappes de l’armée du régime syrien. En représailles, l’armée turque a lourdement bombardé l’aéroport militaire de Neyrab, non loin d’Alep, puis abattu deux avions militaires syriens dans la région d’Idlib. Recep Tayyip Erdogan a sommé Vladimir Poutine de « s’ôter de son chemin », pour le laisser « seul à seul » avec Bachar al-Assad.

La Grèce en première ligne

Pour mettre la pression sur la communauté internationale, le chef de l’Etat turc a ouvert ses frontières occidentales. Plus de dix mille migrants venus de l’Afghanistan, de la Syrie ou de l’Irak se retrouvent donc massés aux portes de la Grèce. En réponse, les autorités athéniennes ont annoncé qu’elles « n’accepteront aucune demande d’asile pendant un mois » et « expulseront tous les migrants franchissant sa frontière ». Une fermeté expliquée par l’isolement du pays, abandonné dans cette situation par les autres pays européens, et par la crise à Lesbos où des centaines d’habitants protestent depuis plusieurs mois contre la submersion migratoire à laquelle ils doivent faire face.

Face à la fermeture de la frontière hellène, les migrants se retrouvent bloqués aux marges de la Turquie, interdits de retourner à Istanbul par les forces de l’ordre turques. Seule solution : passer par la mer. Les conditions météorologiques favorables de ces derniers jours ont permis à une quinzaine de bateaux d’accoster sur l’île de Lesbos déjà surchargée par les clandestins. Le centre d’accueil construit pour accueillir 3 000 personnes est déjà peuplé de 20 000 migrants. Alors, si les garde-côtes peuvent être dépassés, les clandestins devraient faire face à un accueil glaçant de la part de la population exaspérée et abandonnée par les autorités.

Des rendez-vous cruciaux

Inquiète de la situation, l’Union européenne devrait réunir cette semaine les ministres des Affaires étrangères afin de trouver une issue à cette crise diplomatique. En attendant, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, dont le pays partage une frontière avec la Turquie, doit rencontrer Recep Tayyip Erdogan au nom des vingt-sept pays. De son côté, Vladimir Poutine devrait discuter avec son homologue turc le 5 ou 6 mars prochain pour tenter de trouver un accord en vue d’une désescalade de la tension dans la région d’Idlib en Syrie, a annoncé le Kremlin.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 2 mars 2020