Pour quelle raison la gare de Lyon devrait-elle flamber en victime expiatoire du régime congolais ?

Les chaînes d’information permanente tournaient en boucle sur le coronavirus quand la nouvelle est tombée : un incendie ravageait les abords de la gare de Lyon, une épaisse fumée noire obscurcissait le ciel de l’est parisien et le métro avait dû être évacué. Après l’épidémie, l’incendie… à quand, la nuée de sauterelles ? Il est des moments où même les plus optimistes sentent furtivement sonner au loin le gong du prophète Philippulus.

Cette fois, pas de conjectures discordantes, pas d’hypothèse polémique ni d’enquête laborieuse sur le départ de feu, la cause est connue, ce n’est pas un mystérieux accident : des « militants de la diaspora congolaise », comme les appelle Le Parisien, avaient appelé à venir à Bercy pour s’opposer à la tenue du concert de Fally Ipupa et, comme on dit, « cela a dégénéré ». Vous ne connaissiez pas ce brave homme ? Moi non plus. Il s’agit, paraît-il, d’un rappeur congolais réputé soutenir le gouvernement en place.

Pour quelle raison la gare de Lyon devrait-elle flamber en victime expiatoire du régime congolais ? On l’ignore. En quoi cela nous concerne-t-il ? En rien. Enfin jusqu’à ce soir, parce qu’évidemment, puisque des voitures, des scooters ont brûlé, c’est, d’un coup, devenu le problème de plusieurs braves Français qui ne demandaient rien à personne, n’ont pas le début du commencement d’un avis sur la situation au Congo, encore moins une responsabilité dans celle-ci, et qui vont pourtant entamer leur week-end privé de leur véhicule parce que la situation politique en Afrique en a décidé ainsi. Bienvenue en Absurdie. Sans compter les pompiers – caillassés ordinairement en banlieue, ils l’ont été aujourd’hui en plein Paris – et les policiers qui, épuisés par des mois de conflits sociaux français, sont réquisitionnés pour tenter de mettre bon ordre aux conflits congolais.

À qui le tour ? Mais ne vous gênez pas, les amis, venez tous, donc, régler vos histoires à Paris ! C’est grand, c’est pratique, c’est joliment décoré et cela économise les forces de l’ordre – qui ont sans doute la matraque plus facile – de vos propres pays. Puis, évidemment, cela épargne aussi les véhicules de vos compatriotes que vos assurances n’auront pas à remplacer.

Notez que l’on pourrait tenter la réciprocité. Envoyer la CGT manifester à Kinshasa contre la réforme des retraites. Le climat lui semblerait autrement plus clément que la pluie fine et froide sur le pavé parisien, les Black Blocs seraient bien forcés de tomber la capuche et de troquer le paletot noir contre le caleçon à palmiers.

Cela ferait, on s’en doute, un incident diplomatique, les Congolais se chargeraient de leur faire passer l’envie de recommencer… qui pourrait les en blâmer ? Il n’y a que nous autres pour tout endurer, tout accepter, tout tolérer. C’est le « nimportequoavirus », et pas la peine, cette fois, d’accuser les Chinois, celui-ci est franco-français.

Gabrielle Cluzel

Tribune reprise de Boulevard Voltaire