Carnage islamiste à la préfecture de police – Laurent Nuñez admet un… « loupé »

Alors que l’analyse par les enquêteurs des ordinateurs et du téléphone portable de Mickaël Harpon a apporté ces derniers jours de nouveaux éléments confirmant la motivation islamo-terroriste de l’auteur de la tuerie de la préfecture de police de Paris du 3 octobre dernier, Laurent Nuñez était auditionné mercredi par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les fameux « dysfonctionnements » qui ont permis à Harpon de commettre ce carnage. Une audition au cours de laquelle le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, ne craignant pas l’euphémisme, a admis un « loupé » dans la détection de Harpon.

« Comment tuer les mécréants »

Nous avons tous encore en mémoire les mots incroyables employés par Eric Ciotti (LR) et Florent Boudié (LREM) lors de leur présentation à la presse au début du mois des premières conclusions de la commission d’enquête de l’Assemblée sur l’attaque islamiste de la préfecture de police de Paris (voir Présent du 7 février). Faisant part de la « sidération » de l’ensemble des membres de la commission face à une « accumulation de dysfonctionnements majeurs, structurels, fonctionnels et organisationnels » et face à « l’amateurisme » régnant au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police, les deux parlementaires n’hésitaient pas à dénoncer « une faillite collective », « compte tenu du profil de Mickaël Harpon ». Un profil qui s’est encore affiné ces derniers jours, grâce aux expertises techniques réalisées par les enquêteurs sur les appareils numériques personnels du djihadiste, et notamment sur son téléphone portable. C’est ainsi que les équipes de la DGSI ont découvert que, une heure avant de massacrer quatre de ses collègues, l’informaticien en poste à la DRPP avait effectué des recherches Internet sur la manière de « tuer les mécréants ». Ou encore que, la veille du carnage, il avait utilisé lors de sa navigation sur le Web le mot-clef « kouffar » (mécréants, en arabe) et avait entrepris de chercher des billets d’avion pour se rendre en pèlerinage à La Mecque. Rappelons que, lors de l’analyse du contenu de son matériel professionnel dans les semaines qui ont suivi l’attentat, les équipes techniques de la DGSI avaient déjà découvert sur plusieurs clefs USB des vidéos de propagande djihadiste (dont des images de décapitation) ainsi que diverses informations collectées par la DRPP.

L’« incompréhension » de Nuñez

Des découvertes qui, au fond, ne font que confirmer ce que nous savions déjà : à savoir que Harpon, converti à l’islam depuis une dizaine d’années, était non seulement un fou d’Allah, mais ne cachait pas en outre son admiration pour les islamo-terroristes. Un profil qui ne l’a pourtant pas empêché de continuer à exercer tranquillement ses fonctions au sein de ce service sensible qu’est la DRPP, ni même de voir régulièrement renouvelée son habilitation « secret défense ». Et pourtant, comme le soulignaient encore Ciotti et Boudié le 5 février, il y avait eu « une accumulation de signes » en amont de la tuerie du 3 octobre. Comme cette fois où, en 2015, Harpon s’était réjoui devant ses collègues de l’attentat de Charlie Hebdo. Des propos qui n’avaient été rapportés qu’oralement à ses supérieurs et n’avaient pas fait l’objet d’un signalement officiel. Ou encore ce « repli religieux » qu’avaient constaté ses collègues depuis sa conversion en 2010, qui n’a jamais donné lieu à la moindre enquête. Des défaillances incroyables que Laurent Nuñez s’est vu contraint de reconnaître mercredi lors de son audition par la commission d’enquête de l’Assemblée. Evoquant pudiquement un « loupé », le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur a en effet expliqué : « Une conversion dans un service de renseignement doit forcément attirer l’attention […]. Il aurait dû y avoir des investigations. » Et celui qui était directeur de cabinet du préfet de police de Paris au moment de l’attaque de Charlie Hebdo d’ajouter alors : « Je le comprends d’autant plus mal que d’autres types de signalements nous étaient remontés ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 27 février 2020