Sécurité, proximité et travail acharné : comment Robert Ménard a réveillé Béziers

Après avoir conquis, en 2014, une ville en déclin, Robert Ménard est parvenu, en six ans, à lui redonner sa fierté. Retour sur un mandat haut en couleur.

C’en est presque à se demander si on ne s’est pas trompé de destination. Quand on arrive pour la première fois à Béziers, difficile de reconnaître la ville décrépite et sinistrée décrite dans les articles publiés en 2014, lorsque la candidature de Robert Ménard contre le premier adjoint du maire UMP sortant, Raymond Couderc, qui avait raccroché après trois mandats, avait braqué les projecteurs médiatiques sur la ville. Après six ans de gouvernance Ménard, élu avec 46,98 % à l’issue d’une triangulaire, l’AFP a beau saluer l’ouverture de sa campagne en publiant un article intitulé « Fief de Robert Ménard, Béziers reste pauvre, inégalitaire et divisée » , ce n’est pas ce que l’on voit : c’est au contraire un centre-ville aux façades restaurées de frais, à l’atmosphère animée mais paisible, à la propreté impeccable, qui offre au visiteur une vitrine étonnamment attirante ; où il fait bon flâner dans les ruelles pleines de charme qui séparent la place de la mairie de la splendide cathédrale Saint-Nazaire. Ce n’est pas, surtout, ce que l’on entend : sorti du cercle étroit des opposants politiques, difficile de rencontrer quelque habitant de Béziers qui n’entonne pas, fût-ce à contrecœur, les louanges du maire ou de sa gestion.

On a peine, parfois, à en croire ses oreilles : ainsi lorsque Me Franck Chapuis, Biterrois de toujours dont le cabinet d’avocat se trouve sur les larges allées Paul-Riquet, ces “Champs- Élysées de Béziers” où le maire et son épouse ont élu domicile, nous assure qu’il y a six ans, « l’hiver, dès que le soir tombait, on n’avait pas trop envie d’y traîner » tant on ne s’y sentait pas en sécurité. Ou quand cet autre, croisé sur le Plateau des poètes, ravissant jardin public au bas des allées, nous assure qu’il y a quelques années, on avait plus de chances de rencontrer sur ses bancs publics des dealers que des amoureux…

Aujourd’hui, si l’essai reste à transformer, tous ou presque s’accordent à reconnaître qu’en un mandat, Robert Ménard a réussi à renouveler profondément le visage de la ville, parlant de “nouvel élan” ou même de “renaissance”. Au point que sa réélection semble certaine à tous, sauf peut-être à lui, qui confesse être « un paranoïaque aigu » . La question porte plutôt sur la possibilité d’un succès dès le premier tour : publié le 4 février, un sondage Ifop pour Midi Libre, Sud Radio, CNews et Vià Occitania tue le suspense en le créditant de 61 % au premier tour, loin devant les 15 % de l’union des écologistes, animalistes et France insoumise. Reste à savoir si les résultats des 16 autres communes de l’agglomération, dans la moitié desquelles Robert Ménard soutient des listes, lui permettront d’être élu à la tête de cet organisme qui, depuis six ans, lui mène une guerre acharnée.

Comment Robert Ménard, que les médias parisiens aussi bien que locaux aiment à diaboliser, en est-il arrivé à faire ainsi consensus ? D’abord par le vide, en réduisant l’opposition à la misère : après avoir fait derrière lui l’union de la droite nationale, il a semé la panique chez Les Républicains, dont le candidat pressenti vient de se désister : certains cadres ont rallié sa liste Choisir Béziers, quand Pascal Resplandy, lui, le défie sous étiquette LREM. Mais la sociologie biterroise n’est guère favorable aux macronistes, dont la candidate avait été largement devancée, au 1er tour des législatives de 2017, par Emmanuelle Ménard, confortablement élue au second. Désormais présente sur la liste Choisir Béziers, cette dernière forme avec son mari, à qui la lie une relation fusionnelle, un député-maire à deux têtes mais un seul cœur, bien pratique pour défendre la ville : « Dans l’Hémicycle, j’ai un accès direct aux ministres : quand je veux défendre un dossier, je le leur remets en mains propres et j’en parle avec eux. Par exemple, au début de mon mandat, j’ai pu plaider auprès de Nicolas Hulot contre un projet d’éoliennes qui mettait en danger des faucons crécerelettes, une espèce en voie de disparition. Le projet a été abandonné. »

“Les gens ont besoin qu’on leur parle avec leurs mots”

Surtout, Robert Ménard s’appuie sur un bilan qui est un cinglant démenti au refrain fataliste selon lequel le déclin des villes moyennes de la France périphérique serait inéluctable. Pour l’enrayer, il a misé sur le volontarisme. Et a fondé celui-ci sur trois piliers : un labeur sans relâche, une parole sans voile, des actes sans tabou.

Alors que le maire précédent ne venait guère à l’hôtel de ville qu’une matinée par semaine, Robert Ménard est là tous les jours aux aurores et aucun détail de la gestion municipale, aucun nid-de-poule, aucun attroupement suspect ne lui échappe. « Avant, c’était l’administration qui gérait la mairie , nous dit une employée qui a connu les deux équipes. Lui se bat tous les jours pour l’obliger à sortir de sa zone de confort, avec deux mots d’ordre : proximité, réactivité. Tout s’est accéléré, de manière redoutable. »

Le second pilier, c’est une parole libérée, qui permet de regarder la réalité en face pour mieux la changer. « Les gens ont besoin qu’on leur parle avec leurs mots et ça, je sais faire », dit Robert Ménard. D’où des déclarations tranchées et des campagnes d’affichage musclées, qui choquent à Saint-Germain-des-Prés mais plaisent sur les allées Paul-Riquet. Des affiches chocs proclament une tolérance zéro en matière d’insécurité ou expliquent aux Biterrois que la survie des commerces en centre-ville dépend aussi d’eux. Quand le maire dit sans ambages que dans les écoles de la ville 65 % des enfants sont issus de l’immigration maghrébine et africaine, elle-même à 98 % musulmane, on l’accuse de fichage ethnique (il sortira finalement vainqueur d’une bataille judiciaire de quatre ans), mais il a pris acte d’une réalité, ce qui est la condition sine qua non pour bien la gérer, et en même temps il envoie un message aux Biterrois : “Ce que vous pensez, vous n’avez pas à avoir honte de le penser, puisque je le dis moi-même.

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