Impunité des Pakistanais violeurs d’enfants à Manchester, par Olivier Bault

Une centaine de Pakistanais de Manchester ont pu continuer à violer ou abuser sexuellement en toute liberté au moins 57 pré-adolescentes et adolescentes parce que la police craignait que des arrestations engendrent des tensions raciales. « Ce qui a eu un énorme impact, c’est que le groupe des personnes incriminées était constitué principalement d’hommes asiatiques et que l’on nous disait d’essayer de trouver d’autres ethnies », a déclaré une ancienne enquêteuse de la police citée dans un rapport rendu public mardi en Grande-Bretagne. Ce rapport concerne une opération de la police du Grand Manchester, l’opération Augusta, lancée en 2004.

Comme on pouvait l’entendre mardi et mercredi sur les ondes des médias britanniques, on découvre avec stupeur que, une fois encore, les autorités ont manqué à leurs obligations face à des réseaux pédophiles et, une fois encore, ces réseaux sont constitués principalement d’homme pakistanais. « Est-ce culturel ? », s’interrogeait un journaliste sur la radio LBC. Beaucoup de médias parlent certes encore d’hommes « asiatiques », mais certains n’hésitent plus à désigner les pédophiles par leur vraie origine.

En 2003, une des victimes de ce réseau pakistanais de Rochdale, dans l’agglomération de Manchester, était décédée d’une overdose à l’âge de 15 ans après une injection d’héroïne par un de ses violeurs. Lancée en 2004, l’opération Augusta avait permis d’identifier 57 victimes et 97 suspects, mais l’opération a tourné court en 2005, officiellement par manque de ressources. Le rapport publié mardi avait été commandé par le maire de l’agglomération, Andy Burnham, après un reportage diffusé par la BBC en 2017. Curieusement, le procès-verbal de la réunion où il fut décidé de mettre fin à l’opération Augusta a été égaré. Une décision surprenante alors que plusieurs des victimes avaient signalé à maintes reprises les abus dont elles faisaient l’objet et portaient des traces de violences. La jeune fille de 15 ans qui a trouvé la mort en 2005 avait été placée dans un foyer après le décès de sa mère. L’homme qui abusait d’elle venait la chercher au foyer sans que les responsables de cet orphelinat, pourtant prévenus, ne s’en émeuvent et ne fassent un signalement à la police. Les victimes du gang pakistanais de Rochdale avaient toutes entre 12 et 16 ans. Conclusion du rapport : « C’est un schéma tristement familier déjà vu dans de nombreuses autres villes à travers le pays. »

Ainsi, il y a bientôt deux ans, The Guardian, journal de gauche, demandait, après un énième scandale qui avait éclaté cette fois dans la ville de Telford (plus de 1000 jeunes filles droguées, battues, violées par des gangs indo-pakistanais pendant plus de 40 ans) après ceux de Rotherdam et Oxford : « Combien faudra-t-il de Telford avant que nous nous attaquions sérieusement au problème de l’exploitation sexuelle des enfants ? » En attendant, l’homme qui a administré la dose d’héroïne à Joan Agoglia, l’adolescente morte d’une overdose en 2005, n’a toujours pas eu à en répondre devant la justice anglaise.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 15 janvier 2020