Élections européennes : petit bilan de campagne, par Jean-Gilles Malliarakis

Élections européennes : petit bilan de campagne, par Jean-Gilles Malliarakis

La vraie campagne électorale se sera déroulée d’une façon presque aussi brève que l’hospitalisation de votre chroniqueur préféré. Dans notre circonscription hexagonale, elle aura été concentrée en pratique sur la dernière semaine, après quelques réunions publiques et surtout d’ultimes débats télévisés, de réussite inégale.

L’hypothèse du duopole fictif entre deux listes a été martelée par la propagande officielle et par les gros médias. Et cette question est restée presque plus importante que l’examen des propositions respectives et les programmes publiés par les 34 listes.

Et puis les options spécifiques dévolues au Parlement européen ont été esquivées au profit de compétitions locales. Tout le monde a fait semblant de s’investir par ailleurs dans le domaine de l’écologie, paradis contemporain de la pensée magique. On ne s’apprêtait pas à voter pour ou contre telle orientation en Europe : on débattait, en France, du salut de la Planète. Interdit de rire.

Chacun, bien sûr, a vu midi à sa porte. Dans sa Nouvelle Lettre n° 1390, inlassable professeur de libéralisme, Jacques Garello fustige le manque de culture économique, y compris dans le camp conservateur, des candidats au point d’hésiter entre le vote blanc et l’abstention.

Mediapart de ce 24 mai méritait d’être consulté. Le site gauchiste d’information dirigé par Edwy Plenel voit en effet dans la question de l’appartenance à l’Otan[1]le grand clivage entre les partis politiques français.

D’autres pensent que le débat se limite à des choix agricoles, consommatiques, commerciaux ou environnementaux.

Toute la classe politique se met, d’ailleurs, au garde à vous quand on évoque l’urgence climatique. Et bien entendu, s’agissant d’une élection européenne organisée dans 28 circonscriptions nationales, les doctrinaires mettent en avant la question de la souveraineté.

Au contraire il a semblé à l’auteur de cette chronique, en toute honnêteté, après avoir consciencieusement visionné les 3 débats télévisés ainsi que la prestation de Nadine Morano sur LCP le 20 mai[2]que la vraie fracture se situe ailleurs.

La véritable, la plus claire ligne de séparation au sein de l’opinion, tant hexagonale que continentale, porte sur la question de l’immigration.
Celle-ci se trouve évidemment aggravée, encore cette année, par le développement considérable du droit d’asile demandé par 122 000 personnes[3]en 2018, sachant que les gens ayant essuyé un refus restent quand même en France dans un pourcentage supérieur à 95 %.

Ce partage des eaux de l’opinion se manifestait de manière éclatante lors du débat du 23 mai sur BFM-TV, le mieux organisé en cette dernière semaine de campagne. La confrontation, entre les 11 principales têtes listes, hors la présence des chefs de partis, était habilement dirigée par Ruth Elkrief et Apolline de Malherbe. Ces deux journalistes choisirent en effet une question décisive : que feriez-vous en face d’un nouveau cas tel que celui de l’Aquarius ?

Oui ou non le laisseriez-vous accoster dans un port français ?

Si les réponses d’un Dupont-Aignan, d’un Bardella ou d’un Philippot ne faisaient guère de doute, pas plus que l’on ne devait attendre l’impossible d’un Glucksmann, d’un Jadot, d’un Brossat, d’un Hamon ou d’une Manon Aubry, certains pouvaient se demander comment réagiraient un François-Xavier Bellamy et une Nathalie Loiseau.

Or, précisément sur cette question, le clivage droite/gauche retrouvait toute sa force chirurgicale et sa pertinence.

Surprise : le candidat de la droite développa des idées de droite. Ce Bellamy, jusqu’ici peu connu du grand public, mérite décidément d’aller plus loin que son mandat d’élu local en Ile-de-France.

En revanche, écoutant attentivement Mme Loiseau, on comprenait que, technocrate assumée, elle devait gérer la contradiction fondamentale de l’appareil branlant de son parti bancal.

On savourait en la circonstance la portée du “en même temps” des macroniens: 80 % de leurs élus viennent des rangs socialistes, quand 80 % de leurs électeurs ont basculé, comme les anciens radicaux, dont ils ont hérité les postures et les ateliers discrets, vers des positions désormais conservatrices.

“En Marche” reconstitue de la sorte la fameuse équation du MRP. Aujourd’hui disparue, cette formation défunte incarna quelque temps les délices de la Quatrième. Il s’agissait d’un mouvement composé de gens aux idées de gauche. Dénoncé par les communistes comme une Machine à Ramasser les Pétainistes, il siégeait, bien entendu, au centre. Ces démocrates chrétiens d’autrefois ne régnèrent vraiment qu’entre 1946 à 1954. Puis, ils laissèrent la place aux Edgar Faure, aux Guy Mollet, aux Félix Gaillard. Beau de Loménie appelait tout ça “les glorieux de la décadence”. Une durée équivalente, de 7 ou 8 ans, semble représenter un exploit bien improbable pour la Macronie. Bienheureux Jupiter, s’il va jusqu’au bout de son mandat de 5 ans.

Ses propres hésitations amenaient l’ancienne directrice de l’Ena à patauger, flanchant telle une mauvaise élève, à l’heure de son grand oral. Ni oui, ni non, là où il fallait trancher. Rappelons-lui que ce concours ne proposera pas de rattrapage en septembre.

Une fois de plus, les immigrationnistes se décernaient à eux-mêmes l’étiquette bien flatteuse d’humanistes. Érasme doit se retourner dans sa tombe. Car, pêle-mêle, les continuateurs impunis du stalinisme, les égarés du socialisme et les héritiers appauvris de feu la Mitterandie triomphante s’autodésignent ainsi, quand ils ferment les yeux sur les initiatives des passeurs mafieux en Méditerranée. Qu’en gros, tout mouillés, ils représentent 30 % de l’opinion populaire, contre 60 ou 70 % de partisans du réalisme voilà devrait faire réfléchir tous ceux qui croient encore au sens du mot démocratie.

[1]cf. article “Européennes: pour ou contre l’Otan, le grand clivage entre les partis
[2]cf. “Nadine Morano, candidate sur la liste Les Républicains aux élections européennes
[3]cf. sur le site de “France Terre d’Asile” : “Plus de 123 000 demandes d’asile ont été déposées en France en 2018, un chiffre en hausse de 22,7 % par rapport à 2017, selon un bilan définitif présenté mercredi par l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides].”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent