Léa et Florence, veuves exemplaires de deux héros français, par Ivan Rioufol

Léa et Florence, veuves exemplaires de deux héros français, par Ivan Rioufol

Léa et Florence seront là, mardi matin, devant les deux cercueils posés dans la cour d’honneur des Invalides. Les compagnes des deux soldats d’élite du commando-marine Hubert, tués au combat au Burkina-Faso, vendredi, lors d’une libération d’otages, sont déjà à la hauteur de la dignité et du courage des deux superbes héros français, Alain Bertoncello et Cédric de Pierrepont. Les deux jeunes femmes ne se connaissent pas. Mais il est frappant de les entendre employer les mêmes mots pour parler, dans leurs larmes, des “valeurs” qui ont poussé les deux militaires d’exception à donner leur vie pour en sauver d’autres. Léa, parlant d’Alain : “Si c’était à refaire, il le referait. Il était là pour remplir sa mission, jusqu’au bout. Il était là pour ça”. Florence, parlant de Cédric : “Il était vraiment un homme de combat. Je sais que si c’était à refaire, il y retournerait”.

Mais les deux veuves disent aussi le même amour qui liait respectivement les deux couples. Léa : “Nous croquions la vie ensemble et nous étions très complémentaires dans une relation fusionnelle (…) C’était un homme parfait et c’était mon soleil”. Florence : “J’ai perdu l’amour de ma vie, je l’attendais depuis toujours. J’ai perdu un homme parfait. Tout le monde a perdu un homme parfait. J’étais prête à l’absence, mais je n’étais pas prête à le perdre”. Le 28 mars 2018, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame avait bouleversé la nation, en prenant la place d’un otage dans un supermarché de Trèbes, avant d’être assassiné par le terroriste islamiste. Ce nouvel acte de bravoure vient rappeler aux cyniques et aux désabusés que rien n’est moins ringard que d’accepter de mourir pour la France, au nom du devoir et de l’honneur.

Emmanuel Macron devait-il pour autant accueillir personnellement, samedi sur la base de Villacoublay, trois des quatre otages libérés, dont les Français Laurent Lassimouillas et son mari Patrick Pique ? C’est l’enlèvement le 1 er mai de ces deux derniers touristes, qui effectuaient leur voyage de noce dans un parc animalier de Penjari, au Benin, qui a déclenché l’opération de sauvetage dans l’urgence, avant que les ravisseurs djihadistes n’atteignent le Mali. Au vu des circonstances, et compte tenu du fait que les lieux visités par le couple étaient considérés comme déconseillés, la présence du chef de l’Etat au pied de la passerelle est difficilement compréhensible.

Les deux ex-otages, respectivement musicien et bijoutier, ne peuvent être tenus pour responsables de l’imprévisible attaque djihadiste anti-française dont ils ont été la cible. Leur guide béninois y a d’ailleurs laissé la vie. Cependant, la légèreté de leurs motivations touristiques aurait dû inciter le chef de l’Etat à garder ses distances avec ces victimes imprudentes. Léa, la compagne d’Alain Bertoncello, avoue d’ailleurs résister à la colère : “C’est sûr que j’ai la haine. Je leur en veux d’être partis dans ce pays alors qu’il ne fallait pas aller là-bas. Mais si on commence à penser comme ça, on ne s’en sort plus (…) Il y a des erreurs partout. Et c’est la vie malheureusement”. Demain, lors de la diffusion de l’hommage national, nombreux seront ceux qui pleureront à la vue des cercueils des deux soldats et de la douleur de Léa et Florence, femmes également exemplaires.

Ivan Rioufol

Texte daté du 13 mai 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol