Européennes : le Rassemblement national en tête

Européennes : le Rassemblement national en tête

Nous sommes à un mois tout juste du scrutin, et le sondage quotidien de Paris Match vient de placer la liste du Rassemblement national en tête. Les réflexes de vote utile commencent à jouer, alors que le RN, malgré le pari osé de mettre à la tête de sa liste un tout jeune militant, peu connu, réussit sa campagne.

Les sondages ne sont que des sondages. Quand ils sont bons, on les met en exergue, quand ils déçoivent, on rappelle que le seul sondage qui compte est celui des urnes. Mais l’enquête quotidienne de Paris Match a précisément la vertu d’être quotidienne et de refléter une certaine réalité. Cette enquête plaçait systématiquement le RN derrière LREM. Les courbes viennent de se croiser dans les chiffrages de vendredi. Certes l’enquête ne prend pas en compte « l’effet Notre-Dame ». Et d’autre part l’écart est encore faible : 0,5 %. Rien n’est donc définitif. Le RN est donné à 22,5 %, LREM à 22 %, LR à 14 %. Puis on trouve le peloton des « petites listes » susceptibles de décrocher des élus, actuellement dans l’ordre suivant : Ecologistes (8,5 %), « Insoumis » (7 %), PS (6,5 %), Debout la France (4,5 %). Toutes les autres listes sont néantisées.

Ce sondage est évidemment prometteur pour le RN dans un contexte où le gouvernement a hystérisé l’affrontement entre « progressistes » et « nationalistes ». Que le « camp du mal » batte au poteau le « camp du bien » serait davantage qu’un symbole.

D’autre part cette inversion des courbes risque de favoriser le vote utile. Et c’est sur ce terrain que les choses pourraient encore bouger, cristallisant les opinions sur les deux listes de tête. Le sondage peut réveiller les abstentionnistes, du fait de l’enjeu fort de cette première place, ce qui devrait profiter au RN, dont l’électorat est nettement plus jeune, moins fidèle au rituel des urnes. L’enquête de Paris Match retient l’hypothèse d’une liste Gilets jaunes, créditée de 3 % des voix. Rien ne dit qu’une telle liste sera constituée, et, dans une perspective de confrontation Macon-Le Pen, le vote utile risque là aussi de jouer en faveur de la liste RN. De même le décrochage des « insoumis » peut libérer au profit du RN des suffrages anti-Macron.

Se déroule simultanément un combat pour le leadership à gauche

Il y a enfin la problématique Debout la France. Le mouvement de Dupont-Aignan avait bien démarré sa campagne, réussissant à constituer un pôle souverainiste attractif, avec le CNIP et les chrétiens-démocrates. Mais l’élimination de sa liste d’Emmanuelle Gave, puis de Poisson, a brouillé son image de rassembleur. Le vote utile peut détourner vers le RN, voire vers les Républicains, une partie de ses électeurs. Le sondage semble traduire l’amorce de cette captation de voix : la liste n’est plus assurée d’attendre les 5 % qui donnent des élus.

Et le vote utile en faveur de LREM ? En principe il pourrait venir des électeurs centristes. Mais la liste UDI (sorte de MoDem bis) ne décolle pas de son insignifiance électorale. Il pourrait venir de la gauche, mais se déroule simultanément un combat pour le leadership à gauche, qui polarise l’électeur militant et décourage les autres. Les atouts de LREM, pour un vote utile d’électeurs LR ou au PS en sa faveur, se situent dans la capacité de Macron à gérer les dossiers de l’incendie de Notre-Dame et de fin du grand débat, à gérer sa communication, surtout.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 23 avril 2019