Lynché comme un rom en banlieue…, par Etienne Defay

Lynché comme un rom en banlieue…, par Etienne Defay

Ce fait divers est un condensé de toutes les polémiques et de tous les débats. Depuis le début de la semaine, une rumeur a enflé sur les réseaux sociaux : des personnes identifiées comme des roms sont soupçonnées de tentatives de kidnapping dans certaines villes du 92 et du 93 comme Colombes, Nanterre ou encore Montfermeil.

Cette polémique, née on le rappelle d’une rumeur, a eu des répercussions dans le monde réel puisque deux roms circulant dans une camionnette blanche ont été lynchés par une bande de « jeunes » à Colombes. Une série d’actions punitives qui aura entraîné l’interpellation de 19 personnes en l’espace de 24 heures. Problème : ces accusations sont totalement infondées. A tel point que la préfecture de police s’est empressée de communiquer pour alerter sur cette fake news.

Le commissaire de Clichy-sous-Bois/Montfermeil (Seine-Saint-Denis), David Moreira, avait adressé lundi un message aux communes de son secteur, que certaines ont diffusé sur leur site internet, appelant à la « prudence car une certaine psychose commence à s’installer ». En effet, les expéditions punitives se multiplient. Ainsi, à Bobigny, la communauté rom confie « vivre dans la peur ». Des voitures de police font régulièrement des rondes entre les camps pour rassurer les populations qui y vivent mais la peur reste tenace. La crainte du gendarme n’a plus vraiment cours dans ces zones.

Certaines communautés roumaines ou bulgares s’organisent donc et des tours de garde sont instaurés dans les campements et autour des roulottes. Venant principalement des Balkans, les roms, pudiquement appelés « les gens du voyage » connaissent une immense difficulté d’intégration que ce soit dans l’est de l’Europe ou à l’ouest. Cette communauté est en fait connue pour son taux de criminalité extrêmement élevé. Vols, cambriolages, enlèvements… De quoi provoquer une cohabitation explosive dans les zones qu’ils habitent d’autant plus aisément lorsque cette cohabitation se fait avec des populations non intégrées. Nous en voulons pour preuve la curieuse gestion de cette information par les médias « mainstream ». Les mots employés sont curieusement prudents et objectifs, aucune condamnation morale n’est prononcée comme si à Bobigny et dans d’autres territoires perdus de la République, le racisme était légal et parfaitement intégré dans la norme et les codes sociaux.

On n’ose imaginer si quelques Français blancs s’en étaient pris à des compatriotes d’origine africaine. Il y aurait eu (et à juste titre) une condamnation nationale, des manifestations, des excuses publiques et nous en passons. Mais ici, la justice morale ne frappe pas. Emplie d’indulgence pour une violence qu’elle excuse au nom de la différence. Comme si l’exigence qu’elle a envers les siens n’était pas de mise avec ces populations. Et cela s’appelle du racisme. Bienveillant, inclusif, mais du racisme quand même.

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 27 mars 2019