La disparition programmée du traité FNI

07/02/2019 – INTERNATIONAL (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Le 2 février dernier, les États-Unis et la Russie annonçaient la suspension de leurs obligations mutuelles dans le cadre du traité sur les Forces Nucléaires de portée Intermédiaire (FNI), héritage de la Guerre Froide. Signé en 1987, bilatéral, il interdisait en effet à ses signataires de tester, produire et déployer des missiles sol-sol de portée comprise entre 500 et 5500 km. Au delà de la rivalité qui oppose la Russie aux États-Unis, il faut y voir un élément supplémentaire dans le pivot américain vis-à-vis de la Chine, dont les grands perdants pourraient être les Européens.

La Russie, bouc émissaire du pivot Asie-Pacifique américain ?

On peut reprocher à Moscou son manque de transparence dans le différent qui l’oppose aux Etats-Unis à propos du traité FNI. Depuis 2014, ces derniers accusent la Russie de violer ses engagements en développant un missile de portée supérieure à 500 km. Ce que Moscou dément sans en apporter la preuve. C’est que depuis le retrait américain en 2002 du traité ABM visant à limiter la défense antimissile, les Américains ont mit en place en Europe et en Asie un bouclier antimissile complet (système THAAD), capable d’intercepter d’éventuelles frappes ennemies. Ce système qui réduit la force de la dissuasion nucléaire remet en question tout l’équilibre sécuritaire international, et ne pouvait qu’inciter Moscou et Pékin à lui trouver une parade. En octobre 2018 lorsqu’il a annoncé la volonté américaine de se retirer du traité FNI, le président Trump n’a pas manqué de mentionner la Chine, qui pourtant n’est pas partie à ce traité bilatéral. Pour Corentin Brustlein, chercheur à l’IFRI, « Tout porte à croire qu’il s’agit moins pour les États-Unis d’user de la menace de retrait pour sauver le traité que de se libérer d’une contrainte qui les handicape militairement face à la Chine ».

Quel avenir pour l’Europe ?

Avec la disparition de ce traité, l’architecture de maîtrise des capacités nucléaires, héritée de la Guerre Froide est réduite à peau de chagrin. Il n’en reste que le traité New Start, sur les armements stratégiques longue portée, censé expirer en 2021. Alors que les pays modernisent leurs arsenaux nucléaires, et que ce traité permettrait de « conserver un minimum de transparence réciproque », les Etats-Unis s’interrogent sur la pertinence d’un renouvellement de ce traité pour cinq ans. La disparition à venir de ce traité engage un futur incertain pour l’Europe. La Russie est désormais libre de renforcer ses capacités balistiques, ce qu’elle n’a pas manqué de faire savoir le 5 février. Si la France est en mesure d’assurer sa propre dissuasion, ce n’est pas le cas de ses voisins. Quelle nouvelle architecture ? Quels moyens sur le continent ? Autant de questions relatives à la nouvelle posture à adopter qui ne manqueront pas de diviser les pays européens.