Moment charnière pour les Gilets jaunes

Moment charnière pour les Gilets jaunes

C’est le plus cher souhait de nos gouvernants… Comme les défenseurs d’un réduit assiégé, ils comptent sur la lassitude, sur le manque de moyens, sur les divisions des capitaines ou des hommes de troupe, sur la diversion, sur la peur, sur l’épuisement physique de cette armée ennemie qui leur livre bataille. Ennemie, oui. Car du peuple qu’il devrait défendre et dont il devrait avoir les intérêts à cœur, le pouvoir a fait un ennemi. Un ennemi qu’il faut écraser, diviser et renvoyer dans ses chaumières, pour pouvoir continuer à l’humilier et à le saigner.

Cela fait déjà cinq semaines – cinq actes – que cela dure, Noël et la Nouvelle Année approchent, les hérauts du pouvoir par les télévisions, les radios, les journaux, partout clament que le mouvement s’essouffle, mais qu’en est-il vraiment et un sixième acte – cinq samedis de mobilisation, c’est déjà de l’inédit – est-il envisageable ?

La mobilisation des Gilets jaunes doit être vue sous deux angles, celle qui se déroule les samedis à Paris, et celle qui est plus ou moins constante, et qui fait moins de bruit médiatique, en province, et qui inquiète les élites de la capitale comme le lait qui bout.

Pour juger de la situation, on ne peut bien sûr se fier aux chiffres officiels fournis par le gouvernement et, si une décrue a pu avoir lieu dans le nombre des manifestants, elle est due à plusieurs facteurs : le besoin de marquer une pause pour certains, pour d’autres des obstacles infranchissables, comme ces nombreux autocars bloqués aux entrées de Paris qui ont dû faire demi-tour.

De fait, un acte VI se profile déjà à l’horizon car, selon plusieurs responsables régionaux du mouvement, « les gens ne veulent pas lâcher ».

Plusieurs rassemblements à Paris sont déjà en cours de préparation, et des blocages ciblés en province. De son côté, le ministre de l’Intérieur Castaner a demandé aux forces de l’ordre de « faire vider » les ronds-points et les lieux publics.

Peu à peu, Macron est ainsi en train de se joindre à la liste de ces tyrans haïs dont les peuples ne veulent plus, Daniel Ortega, Nicolas Maduro, Raúl Castro… et qui refusent de descendre de leur piédestal. Tout comme eux, il a pris la vilaine habitude de s’asseoir sur leurs demandes, une habitude qu’il a héritée d’un François Hollande traitant de haut et ignorant la Manif pour tous et son million de manifestants, ce que même François Mitterand n’avait pas fait avec la manifestation pour l’Ecole libre.

C’est un moment charnière pour le mouvement des Gilets jaunes, un cap qu’il faut passer pour aboutir au renvoi de ce gouvernement non représentatif de l’ensemble des Français et de leurs aspirations. Ce ne sont pas les quelques miettes qui leur ont été jetées qui font le compte. Et si, d’aventure, le mouvement actuel venait à cesser, ce ne serait que temporaire ; ajoutés à la misère économique et à une négation de leurs besoins identitaires, la morgue et un mépris redoublé des vainqueurs rendront vite la situation insupportable.

Xavier Darc

Article paru dans Présent daté du 17 décembre 2018