Macron au “20 heures” : De microscopiques mesures. Et la forme : quel désastre !, par Francis Bergeron

Macron au “20 heures” : De microscopiques mesures. Et la forme : quel désastre !, par Francis Bergeron

Voulez-vous qu’on résume ensemble les mesures concrètes, qui seront appliquées rapidement ? Il y en a trois, elles vont toutes dans le bon sens (ouf !), mais elles sont d’une portée absolument dérisoire :

– Les heures supplémentaires sans impôts ni charges ? Bravo ! C’est la remise en place du dispositif créé par Sarkozy et qui correspondait au « travailler plus pour gagner plus ». Cela aurait dû être fait dès juin 2017. Mais Macron n’avait pas osé déjuger Hollande, sur une mesure qui avait pourtant fait s’effondrer la popularité de ce dernier dès le début de son quinquennat et « jeté dans les bras du Front national » le monde des ouvriers et des employés. En tout état de cause, cette mesure n’apporte rien aux artisans, aux commerçants, aux indépendants, aux retraités, aux chômeurs, aux cadres, et aux non-cadres n’exécutant pas d’heures supplémentaires, soit 95 % de la population française et 99 % des Gilets jaunes.

– Le SMIC augmenté de 100 euros nets, sans augmentation du brut, donc par diminution des charges. C’est encore la même population qui en sera bénéficiaire, et dans cette population, pas ou très peu de Gilets jaunes.

– Pas d’augmentation de la CSG pour les retraités recevant moins de 2 000 euros par mois. Cette exonération de l’augmentation de la CSG jouait jusqu’à 1 200 euros. La nouvelle exonération va bénéficier à une tranche de retraités situés entre 1200 et 2000 euros. Cela représente du monde, certes, mais des retraités, uniquement.

Et c’est tout ! Oui c’est tout ! Vous avez bien lu : aucune autre mesure de court terme ! C’est absolument incroyable. Pour le long terme, nous avons eu droit à de vagues promesses, des orientations sans calendrier, sans perspectives concrètes. Rien sur le poids de l’Etat, sur le poids de l’immigration, sur les folies de la transition écologique, sur la représentation politique, sur la mise en cause du train de vie global de nos « élites », sur l’Europe.

Et aucune mesure politique choc du type : changement de Premier ministre, référendum, dissolution de l’Assemblée. Rien, rien, rien !

Aucune mesure ne concerne de près ou de loin les Gilets jaunes

A l’évidence, le chef de l’Etat et ses conseillers sont incapables de prendre la mesure de cette révolution. Aucune des décisions actées ne concerne, de près ou de loin, les Gilets jaunes, à l’exception, donc, des retraités pensionnés à revenus modestes. C’est à peine croyable !

Terminons par la forme. Là aussi, quelle catastrophe ! L’homme lisait son prompteur (ou en donnait l’impression) d’une voix égale. Sa touche d’humanité, programmée en début de discours, n’avait aucun accent de sincérité. On avait envie de dire à ce dandy policé : « Mais arrache tes deux micros ! Lève-toi ! Abandonne le discours de tes conseillers ! Dis-nous directement, avec tes mots, sans filtres, ce que tu veux nous dire ! Fais du Trump, parle-nous avec tes tripes ! Le cheveu en bataille ! Le geste fort ! L’expression imagée, excessive, pourquoi pas ! Surprends-nous ! »

Pour céder, ou pour résister, peu importe. Mais pour exister, pour montrer qu’il est un homme de chair, de sang. Pour montrer qu’il sait ce qu’il veut, qu’il sait où il va, où il veut nous conduire.

Lisse, pondéré, sans aspérités

Mais hélas, il semble bien qu’il en soit incapable. Ce qui lui a permis d’emporter le morceau, face à Marine Le Pen, le 3 mai 2017, ce côté lisse, pondéré, raisonnable, sans aspérités, se retourne désormais contre lui.

Samedi prochain, les Gilets jaunes modérés, les Gilets jaunes libres, risquent fort de basculer à leur tour dans le camp du jusqu’auboutisme. A qui la faute ? Cette prise de parole, pour dire si peu, a été une vraie folie. Mais reconnaissons qu’il n’y a vraiment rien de réjouissant à voir le pays s’effondrer ainsi, sous nos yeux, comme une baudruche mal gonflée.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 11 décembre 2018