Les Gilets jaunes, c’est la France des ronds-points et des péages

Comme il est difficile d’être un représentant des Gilets jaunes ou un porte-parole des blocages ! A peine un membre est-il nommé qu’il est aussitôt déprécié. Il en fut ainsi pour la délégation des huit « gilets jaunes » qui affirmait vouloir nouer un contact « sérieux » avec le gouvernement (au total ils ne furent que deux à rencontrer le ministre de la Transition écologique). De nombreux participants actifs considéraient qu’ils n’étaient pas représentatifs pour parler de baisse des taxes et de création d’une « assemblée citoyenne ».

Alors comment trouver une véritable représentativité, celle-ci devenant de plus en plus nécessaire à la structuration de ces multiples rassemblements ?

Un responsable local des Gilets jaunes interrogé par CNews a peut-être, sans le vouloir, apporté une réponse.

A la question « Irez-vous samedi 1er décembre à Paris ? », il a répondu :

« Non, nous resterons ici sur notre rond-point car ici on se connaît et on peut mieux organiser des ripostes. »

On le voit, la confiance est le maître-mot des Gilets jaunes. Cette nouvelle appellation militante ne croit plus dans les partis politiques, dans les gouvernants et dans les syndicats, tout simplement parce que depuis 40 ans les corps constitués n’ont fait que les tromper. Aujourd’hui leur croyance est circonscrite là où ils se retrouvent, sur les carrefours et sur les péages. Ils ont besoin de dialoguer entre eux, de se retrouver, de s’apprécier, de recréer des attaches fortes. Comment des saltimbanques de l’audiovisuel, amis des puissants et chéris des médias, pourraient-ils les comprendre, eux qui touchent en un mois ce que ceux d’en bas n’arrivent pas à gagner en deux ans, voire plus ?

Des qualités humaines

La méfiance est une des constantes de cette majorité de ruraux. Ils ne créent un lien et font crédit à l’autre que si celui-ci est en interaction avec leur combat. C’est pour cette raison qu’ils apprécient l’aide des citoyens qui les ravitaillent en vivres, en ustensiles de cuisine ou en matériel de couchage.

La solution pour trouver dans cette configuration des mandataires est difficile mais elle existe. Tout l’édifice repose sur les « chefs » des grands ronds-points. Ils doivent constituer l’ossature de cette révolte. Certes, ils n’auront pas les connaissances suffisantes pour résister à la dialectique d’un énarque mais ils auront des qualités humaines supérieures : l’abnégation, l’engagement, la ténacité, la confiance de leurs affidés. De plus, en 15 jours le groupe aura eu le temps de reconnaître celui qui se sera mis en avant par sa droiture, son honnêteté et sa bienveillance. Une personne non pressentie par un média ou un politique mais par l’ensemble du clan.

Lui seul pourra porter efficacement les revendications de cette population qu’il connaît et qu’il solidarise. Ensuite, intégré aux milliers d’autres locaux semblables à lui, il pourra avec eux débattre lors d’un grand week-end pour désigner les représentants nationaux. Certes, ce ne sera pas facile, chacun tirant à hue et à dia, mais impérativement à la fin des deux jours un conseil représentatif devra être nommé et un responsable validé. Alors cette assemblée hétéroclite s’accordant par capillarité sur des noms deviendra crédible. N’oublions pas que derrière les Gilets jaunes, c’est l’espoir de tout un peuple qui se dresse (84 % des Français trouvent le mouvement justifié). Il serait déplorable que ce soulèvement soit annihilé par des disputes de bas étage que les médias se feraient un plaisir de rapporter et dont seul l’Etat profiterait.

Guillaume Bernadac

Article paru dans Présent daté du 30 novembre 2018