Jean-Yves Le Gallou : « Venez revêtus de votre gilet jaune ! »

Jean-Yves Le Gallou : « Venez revêtus de votre gilet jaune ! »

Le journal Présent vient de publier un entretien avec Jean-Yves Le Gallou. L’occasion pour le président de Polemia d’évoquer notamment le 4ème Forum de la Dissidence qui se tiendra le 17 novembre prochain à Paris.

— En 2018, sous le gouvernement Macron, la censure a atteint des niveaux sans précédent. Eric Zemmour, Michel Onfray ou Frédéric Taddeï en ont été victimes. Mais aussi TV Libertés, Riposte Laïque ou Génération Identitaire.

— La montée de la censure est la preuve que les tenants du système ne sont plus en mesure d’affronter la réalité. Il leur faut à la fois cacher les faits qui les gênent et interdire toute contestation de leur propagande. S’ils refusent un débat loyal c’est parce qu’ils savent qu’ils le perdraient. Qu’on le veuille ou non, la censure est à la fois un abus de force et un aveu de faiblesse. Comme le dit notre invité Charles de Meyer : « La censure organisée en principe organisateur du débat marque toujours le crépuscule d’un pouvoir. »

— Avons-nous les armes pour lutter ?

— Les armes pour lutter ? Elles sont nombreuses ! Les médias alternatifs, les réseaux sociaux alternatifs, l’humour, l’imagination. Les censures finissent toujours par être contournées.

— Qui sont les dissidents en France aujourd’hui ?

— Tous ceux qui sont politiquement incorrects, qui refusent le Grand Remplacement, l’idéologie « antiraciste », l’islamisation et l’africanisation. Tous ceux qui sont sociétalement incorrects, qui refusent la banalisation de l’avortement, le « mariage homosexuel », la « PMA pour toutes » et la GPA. Tous ceux qui refusent la théorie du genre et l’« écriture inclusive ». Bref tous ceux qui refusent la déconstruction de la société et l’interruption volontaire de civilisation (IVC). A contrario tous ceux qui respectent les différences d’origine et de culture entre les hommes, les différences de comportements et d’attitudes entre les hommes et les femmes. Tous ceux qui refusent l’artistiquement correct, qui considèrent « l’art contemporain » comme un art comptant pour rien ! Et l’« art conceptuel » comme un simple art financier, une fumisterie spéculative. A contrario tous ceux qui inscrivent leurs préférences dans la longue tradition de l’art européen de la figuration, de la représentation et de l’incarnation. Tous ceux qui refusent l’historiquement correct qui veut nous imposer une repentance infinie à propos de la Seconde Guerre mondiale, de la colonisation, de l’esclavage. Nous vivons dans l’Océania d’Orwell où on réécrit l’histoire. Regardez l’incroyable polémique à propos du maréchal Pétain : certains vont jusqu’à rêver d’une nouvelle loi mémorielle qui interdirait de faire mention de son rôle dans la bataille de Verdun et comme chef des armées françaises ! Nous sommes chez les fous. Des fous qui règnent en menaçant de mort sociale tous ceux qui leur résistent.

— On sent monter une colère populaire très forte de Français qui n’en peuvent plus d’être taxés à tous les étages et de payer pour tout et pour tous. Pourquoi maintenant et comment l’analysez-vous ?

— Macron a été élu à contre-courant et à contretemps. Partout en Europe et dans le monde occidental la droite et les populistes progressent. Et en France c’est Macron qui a été élu en 2017. Il a réussi un hold-up électoral. En fait, un coup d’Etat médiatico-judiciaire qui a éliminé les candidats (Sarkozy, Fillon) qui auraient pu le battre. Il a été présenté comme un homme neuf mais c’est surtout un Narcisse mondialiste sans aucune expérience politique. A Rome pour devenir consul il fallait avoir suivi le « cursus honorum », avoir été questeur, édile, préteur et avoir plus de 43 ans…. En France aujourd’hui ce n’est pas inutile d’être conseiller municipal avant d’être député, ni député avant de devenir président de la République. La notion de « société civile » est une fumisterie : le politique a ses règles différentes de celui du monde du « business ». Etre banquier d’affaires n’apprend pas les codes politiques. Le groupe Bilderberg qui a sélectionné Macron (en 2015) et Philippe (en 2016) n’a pas eu la main heureuse : certes ils conduisent la politique que la superclasse mondiale attend d’eux mais ils le font de manière odieuse. A moins bien sûr que la vraie mission pensée pour Macron soit d’abaisser un peu plus la France. Si c’est le cas alors le succès est au rendez-vous ! Mais quelle humiliation pour les Français que de voir leur président faire le pitre dans les réunions internationales. Et le guignol devant Poutine et Trump. Reste que pour beaucoup de Français, Macron, c’est le « président des autres ». Le président des minorités ethniques, religieuses, sexuelles, le président des grands lobbys et des grands intérêts. Et en plus un président qui les méprise. Pas sûr du tout que Macron finisse son mandat ! Le prochain président – au moins par intérim et peut-être pas seulement – pourrait bien être l’actuel président du Sénat Gérard Larcher, un chasseur, issu de la France des notables et élu de la France périphérique. Un vrai professionnel de la politique, pas un muscadin.

— Est-ce que la vague nationaliste qui touche l’Europe peut l’emporter électoralement en France ? Dans quelles conditions ?

— Il y a 20 ans la France était le seul pays – avec la Flandre – ou un parti national recueillait entre 15 % et 20 % des suffrages. Aujourd’hui la vague identitaire a déferlé partout en Europe, sauf en France ! C’est navrant. Bien sûr les élections européennes devraient voir la progression de DLF et du RN. Nicolas Dupont Aignan devrait franchir la barre des 10 % et peut-être rééditer l’exploit de la liste Pasqua / Villiers de 1999 qui avait devancé la liste de la droite officielle, conduite à l’époque par Sarkozy et Madelin. NDA devant la liste de Wauquiez serait un élément important de la recomposition à droite. Le RN devrait avoisiner le score de 30 % qui fut le sien aux élections régionales de 2015 (27,73 %). Ce chiffre de 30 % était d’ailleurs celui que prédisaient les sondages à Marine Le Pen pour les présidentielles de 2017 un an avant… Un an avant que sa désastreuse campagne – centrée sur les questions monétaires et non sur la survie identitaire – ne fasse retomber le résultat du premier tour à 21 %. Quel gâchis ! NDA comme MLP seraient bien inspirés de laisser le souverainisme crispé à Philippot et Asselineau et leur laisser se partager 1 %. Et comprendre que la défense de la souveraineté et des frontières françaises est inséparable de celle des frontières de l’Europe et de sa civilisation.

— Le 17 novembre vous serez en colloque à Paris et la France dissidente sera dans la rue. Est-ce que pour le coup comme vous le reprochez au gouvernement, vous n’êtes pas vous aussi déconnecté du pays réel ?

— Nous avons choisi la date du 17 novembre pour cette journée depuis près d’un an… Ceci étant nous ne sommes pas sur Sirius. Rien n’interdit (c’est même recommandé !) de participer à un blocage le matin et de s’instruire sur les moyens de contourner la censure l’après-midi. Nous incitons d’ailleurs les participants à venir revêtus d’un gilet jaune. D’autant qu’il pourrait être tentant de bloquer les accès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) – pardon comité de censure de l’audiovisuel – de Radio France ou de France Télévision qui sont à une portée d’arbalète du lieu de notre réunion…

Propos recueillis par Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 13 novembre 2018