Doigt d’honneur : Quand Macron excuse la vulgarité des uns…, par Ivan Rioufol

La photo a été prise samedi, à Saint-Martin (Antilles) : Emmanuel Macron, amusé, pose en bras de chemise dans la tiédeur d’une pauvre HLM. Il est entouré de deux garçons rencontrés lors d’un bain de foule. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon, baissé à l’aine, laisse voir un caleçon à deux rayures. Le jeune Antillais, bien fait de sa personne, fait un doigt d’honneur.

A la gauche du chef de l’Etat se tient un petit voyou en débardeur blanc, caquette à l’envers, chaîne autour cou. Ce dernier s’est présenté ainsi à Macron : “Je suis braqueur, je sors de prison”. Le président lui a fait la leçon, comme le rapporte ce lundi Le Figaro : “T’es costaud comme tout, il faut pas rester comme ça et refaire des bêtises. Les braquages, c’est fini. Tu me l’as dit ? Tu n’oublies pas ? Il faut reconstruire. Ta mère elle mérite mieux que ça !“. Tout dans ce cliché respire la vulgarité : vulgarité des deux jeunes, dans leurs attitudes désinvoltes ; vulgarité du chef de l’Etat, qui se prête à un jeu qu’il n’avait pourtant pas toléré, le 18 juin dernier, quand un Gavroche l’avait interpellé à Paris en l’appelant “Manu”. Macron, furieux : “Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le Président de la République, ou Monsieur, d’accord ?“. Il est vrai que le 21 juin, lors de la Fête de la musique, le chef de l’Etat et son épouse avaient déjà posé dans un salon de l’Elysée, entourés du groupe techno Kiddy Smile : des artistes se revendiquant “fils d’immigrés, noirs et pédés“, habillés de shorts et de maillots en résille.

Faudrait-il conclure que l’irrespect face au président de la France dépendrait de la couleur de peau de l’interlocuteur ? Faudrait-il comprendre que le Noir serait dispensé d’observer les codes de bienséance exigés du Blanc ? Le deux poids deux mesures du chef de l’Etat invite à cette interprétation communautariste, sinon racialiste. Cette lecture est confortée par les réactions de la Macronie, qui s’est empressée de dénoncer des extrémistes de droite et des racistes chez ceux qui, à raison, se sont dit choqués par ce cliché et l’abandon que laisse voir Macron.

Il est pourtant évident que ce qui pose un problème d’autorité n’est pas la présence de deux jeunes Antillais au côté du président, mais le laisser-aller que tolère celui qui rabrouera un jeune blanc jugé trop impertinent. “Je ne me protège pas“, se justifie le président, à la recherche d’une nouvelle communication plus proche des gens. L’explication ne convainc pas. Le député LeREM Aurélien Taché donne une clé pour comprendre l’attitude de Macron, qu’il approuve. Dans un tweet, Taché estime que “tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage”. Cet ode au grand remplacement ethnique, qui vient en appui des alertes de l’écrivain Renaud Camus, se rapproche d’un racisme antiblanc. Il faut dire qu’il n’y a pas pire raciste qu’un antiraciste professionnel : face au Blanc, il voit rouge.

Ivan Rioufol

Texte daté du 1er octobre 2018 et repris du blog d’Ivan Rioufol