Nicolas Dainville : « Trappes est la ville la plus djihadiste d’Europe »

Nicolas Dainville est le jeune conseiller départemental LR des Yvelines, conseiller municipal de La Verrière et élu de terrain, que l’on a vu en première ligne dans les médias après l’attentat de Trappes. Il a reproché à Gérard Collomb sur BFM TV d’avoir passé sous silence la radicalisation du tueur, Kamel Salhi. Caroline Parmentier lui a posé certaines questions.

— Vous avez déclaré après l’attentat de Trappes que c’était « la ville la plus djihadiste d’Europe » avec 67 habitants qui ont rejoint Daesh. Comment expliquez-vous que Trappes soit tombé dans un repli communautaire aussi marqué ?

— Il y a à Trappes une certaine culture politique de gauche qui cherche à faire des jeunes des victimes plutôt qu’à les responsabiliser. Et qui n’incite ni à l’entreprenariat ni à l’initiative. Résultat : on a une jeunesse aujourd’hui qui est totalement livrée à elle-même et qui, en perte de repères, trouve refuge dans une pratique très rigoriste de l’islam. J’ajouterai un aveuglement pendant des années de la part des pouvoirs publics en général sur l’implantation de groupes radicaux dans la ville, que ce soit d’anciens membres du GIA algérien, les Frères musulmans, les Tablighis ou des groupes salafistes. Ils ont eu une autoroute pour s’implanter qui a conduit à cette radicalisation et à ce repli communautaire. Ce qui inquiète beaucoup d’habitants. Il y a une majorité silencieuse à Trappes qui en souffre beaucoup.

— Est-ce que vous confirmez qu’il y a une infiltration des profils radicalisés dans les associations, qui tendent la main aux familles en difficulté ou au chômage ?

— Oui, il est clair que beaucoup d’associations ont en leur sein certains membres qui pratiquent un islam radical. Des associations « de solidarité » mais dirigées par des tenants d’un islam rigoriste.

— Que pensez-vous du profil de Kamel Salhi, le tueur de Trappes dont le ministre de l’Intérieur nous dit que c’est un déséquilibré ?

— Même s’il s’agit d’un véritable déséquilibré qui avait des antécédents psychiatriques inquiétants, interné je crois à l’hôpital Charcot de Plaisir (78), profil psychologique fragile confirmé par les habitants sur le terrain, ce serait une erreur de minimiser sa radicalisation qui a joué un rôle dans son passage à l’acte. Ce que j’ai regretté des propos de Gérard Collomb c’est qu’il privilégiait uniquement ce côté déséquilibré et passait totalement sous silence ce côté radicalisation qui n’est pas anodin compte tenu du profil de l’agresseur : son mode opératoire, le cri d’Allah Akbar, sa présence sur le fichier des radicalisés (FSPRT), puisqu’il était connu pour « apologie du terrorisme ».

— Précisément, avez-vous l’information selon laquelle Kamel Salhi était agent de la RATP (tout comme Samy Amimour, l’un des assassins de masse du Bataclan) et avait été licencié par la RATP en 2016 pour avoir arrêté son bus sur la ligne de Puteaux et hurlé à des usagers : « Par Allah, vous allez tous mourir » ?

— De source sûre il était fiché pour radicalisation et pas pour déséquilibre. J’appelle Gérard Collomb à ne pas minimiser sa radicalisation qui est importante pour justifier son geste.

— Vous demandez à l’Etat des actes concrets, lesquels ?

— Il y a des actes nationaux bien sûr, qu’il faut poser. Moi, je suis un élu local et au niveau local il faut une frontière forte entre les associations cultuelles et les pouvoirs publics. Il y a aujourd’hui beaucoup trop de porosité. Certains élus voient la population musulmane uniquement comme une clientèle électorale et pas comme des vrais citoyens. Ça a été la culture de la gauche pendant des années, à l’image de Benoît Hamon, de considérer la communauté musulmane (qui est d’ailleurs assez multiple) comme une vraie clientèle électorale, en lui promettant tout et n’importe quoi, en attendant des voix en échange, ce qui n’est d’ailleurs pas très respectueux pour elle et ce qui est une triste vision de la démocratie. Ce sont des liaisons dangereuses, des liaisons malsaines qui conduisent à toutes sortes de dérives et entravent le principe de laïcité dans de nombreux cas. Il faut des élus vigilants et forts sur le principe de laïcité. Il faut être vigilant en termes de financement et ne pas donner dans les dérives des baux emphytéotiques ou des prêts de salles municipales pour en faire des salles de prière. La question éducative est également essentielle. Je pense que l’initiative des écoles Espérance banlieues (NDLR : accusées par L’Humanité d’être gérés par « la droite catholique et réactionnaire ») est une très bonne réponse aux maux de la jeunesse avec cette transmission de la culture française, de l’amour du pays, de la confiance en soi. Je pense que c’est une réponse importante à démultiplier dans nos banlieues. La réponse économique est également importante puisqu’à Trappes il y a plus de 20 % de chômage, un important trafic de drogue et des guerres de bandes. Il faut une réponse à la fois sécuritaire, éducative et économique.

Propos recueillis par Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 24 août 2018