Belloubet, démission !, par Guy Rouvrais

Ce serait là l’occasion pour Nicole Belloubet, ministre de la Justice, de quitter son poste sans avoir à démissionner : le président de la République a commencé le 3 juillet des « entretiens d’évaluation » avec chacun de ses ministres. Dans ses engagements de campagne, il y avait en effet : « Chacun des ministres aura une feuille de route avec des objectifs en termes de politiques publiques et de budget. Leur efficacité sera évaluée régulièrement et je déciderai une fois par an, en lien avec le Premier ministre, de les reconduire ou pas. »

On suppose que, pour le garde des Sceaux, il y avait, parmi ses objectifs naturels, celui de conserver en prison les détenus et notamment les plus dangereux, les terroristes et ceux appartenant au grand banditisme, comme Redoine Faïd (voir Présent du 4 juillet) toujours en fuite après sa spectaculaire évasion. De fait, le Premier ministre est revenu sur la promesse présidentielle, car, finalement, tous les ministres seront reconduits au terme de l’« entretien d’évaluation : « Je ne suis pas dans la sanction, je suis dans l’amélioration », a dit le chef du gouvernement, son objectif est seulement de « faire le bilan de l’avancement de la feuille de route, vérifier ce qui a été engagé, étudier la suite ». Pas de sanction pour le garde des Sceaux, donc !

Il ne reste plus d’autre choix à Nicole Belloubet que de démissionner par esprit de responsabilité et par égard pour la victime du malfrat, Aurélie Fouquet, dont le meurtrier est libre de frapper à nouveau. Le garde des Sceaux reconnaît une « défaillance », le mot est faible, elle en recherche les causes et, par là, les responsables. Mais on ne saurait admettre qu’on fasse porter le chapeau à un lampiste, selon la médiocre habitude des politiques fuyant leurs responsabilités. C’est pourquoi Marine Le Pen a demandé le départ de Nicole Belloubet du gouvernement, jugeant qu’elle n’est « pas à la hauteur » de ses fonctions de ministre de la Justice.

C’est un fait que, dans la prison, les surveillants ont fait leur travail : ils ont décelé chez ce détenu particulièrement dangereux, à l’affût des occasions de se faire la belle, les signes avant-coureurs d’une évasion. Ils les ont signalés à l’administration centrale à plusieurs reprises, la dernière insistant sur l’« l’urgence » de le déplacer dans un autre établissement. Réponse en haut lieu ? On verra ça …en septembre !

Quant au fait qu’il n’y avait pas de filins au-dessus de la cour d’honneur, ce qui a permis l’atterrissage de l’hélicoptère des complices du fugitif, le ministre l’assume et en justifie a posteriori le bien-fondé en ces termes : « Il n’y avait pas de raisons pour qu’il y ait des filins sur ce lieu-là. » Pourquoi ? Parce que les détenus n’y ont pas accès. Comme si ces filins avaient pour fonction d’empêcher les détenus de se promener dans cette cour et non pas d’interdire à un hélicoptère de s’y poser afin d’embarquer les prisonniers ! Dans la logique du ministre et la continuité de son propos, il ne devrait pas y avoir demain pas plus qu’hier de filins au-dessus de cet endroit-là. Belloubet démission !

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 4 juillet 2018