« La marche des fiertés » ou le droit à la déférence, par Guy Rouvrais

Des homosexuels, au moins ceux qui sont organisés en groupe de pression, veulent, à la fois, le droit à la différence et le droit à l’indifférence, le beurre et l’argent du beurre. Mais si homosexualité et hétérosexualité c’est bonnet rose et rose bonnet, si elles sont aussi légitimes, banales, normales, l’une que l’autre, il ne devrait y avoir ni honte ni fierté à être homosexuel ou hétéro. Encore qu’on se demande si proclamer « je suis fier d’être hétérosexuel » est encore possible sans être soupçonné d’homophobie, au moins implicite, par les nouveaux inquisiteurs de la police des mœurs contemporaines. Les participants à la Manif pour tous ne sont-ils pas taxés d’homophobie au seul motif qu’ils professent qu’il vaut mieux pour un enfant d’être élevé par un homme et une femme ?

Tous les ans, à Paris et ailleurs, le cortège des « fiertés homosexuelles » se déploie donc dans les rues avec des individus en d’improbables tenues, ce fut le cas samedi. Comme s’il s’agissait encore d’une minorité invisible ayant besoin de se faire une place dans la cité, alors que les associations organisatrices croulent sous les subventions et les reconnaissances officielles. C’est le droit à la déférence qu’elles ont aussi conquis, au point que l’on se bouscule pour être dans le comité de soutien à la Marche des fiertés et que les responsables politiques rougiraient de n’y être point. La ville de Paris, avec Anne Hidalgo tenant à se distinguer particulièrement en repeignant, de façon permanente, les trottoirs du quartier du Marais aux couleurs de la bannière « gay », sachant que même dans cet endroit il y a encore des hétérosexuels.

Il s’agit, aujourd’hui comme hier, de lutter contre les « discriminations » dont les « gays » seraient encore l’objet après avoir obtenu le droit de se « marier », d’adopter, mais il leur manque la PMA, que Macron leur a promise, et dans la foulée, la GPA. Que peuvent-ils réclamer ensuite ? La parité ? Mais, voilà, tout n’est pas simple, car il y aurait des discriminés à l’intérieur de la lutte contre les discriminations.

C’est ainsi que la « lesbophobie » serait moins réprimée que l’homophobie au sens large, ce dont se plaignent ces femmes en déplorant, dans Le Monde, qu’il n’y ait pas, à la télévision, des lesbiennes emblématiques auxquelles elles pourraient s’identifier alors que, disent-elles, les hommes ont Laurent Ruquier et Stéphane Bern… entre autres. Que fait le CSA ? Les bisexuels aussi se plaignent d’être mal traités des deux côtés, les hétéros les considèrent comme des homos honteux et les homos comme des traîtres. Choisis ton camp, camarade ! Et puis, plus inquiétant, il y a les « racisés » qui ont appelé à la constitution d’un cortège de tête « mené par des personnes queer et trans racisées et en non-mixité », comprenez la mixité entre Blancs et Noirs. D’où cette demande : « Nous invitons les personnes blanches à respecter cette non-mixité en se plaçant derrière elles/eux. » L’apartheid ressuscité dans une manifestation contre les discriminations !

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 2 juillet 2018