Un score formidable pour la Ligue en Toscane, par Pierre Malpouge

Dimanche, lors du second tour de municipales partielles, les villes de Pise, Massa, Sienne et beaucoup d’autres villes qui étaient des bastions historiques de la Toscane dite « rouge » sous la férule du Parti démocrate (PD), ex-Parti communiste italien, et ceci depuis 70 ans, ont changé de cap et seront désormais administrés par la droite nationale – la Ligue – de Matteo Salvini et de ses alliés.

Un changement radical, un revirement vertigineux. Un raz de marée insufflé par Matteo Salvini, le nouveau ministre de l’Intérieur dont le discours de fermeté face à l’invasion migratoire a conquis un électorat excédé de voir débarquer sur ses côtes toute la misère du monde et exacerbé par l’insécurité – mais aussi par la crainte de voir « leur cadre de vie et leur identité nationale menacés par les étrangers, les migrants et les Roms », comme a expliqué Matteo Salvini, accusant au passage les ONG humanitaires d’être « complices des trafiquants [passeurs] » – qui organisent l’acheminement de ces milliers de migrants. Un électorat d’autant plus excédé qu’il se sent, se sait, abandonné par une Europe (« le souk de Bruxelles », dixit Matteo Salvini) désormais en pleine implosion face à cette crise migratoire et à ce que ses dirigeants actuels appellent la « montée des populismes ».

En moins de quatre mois, Matteo Salvini est parvenu à montrer la voie et à renvoyer dans les cordes, dans l’ensemble du pays, les sociaux-démocrates du PD (même Le Monde ne peut que le reconnaître). Un Parti démocrate qui va de défaites écrasantes en défaites de plus en plus cuisantes. Le Mouvement 5 Etoiles, qui se veut non conformiste et ni à gauche ni à droite, allié de la Ligue pour la conquête du pouvoir à l’échelle nationale, semble souffrir lui aussi des victoires successives de la Ligue, des victoires de plus en plus nettes. En Sicile, le recul du Mouvement 5 Etoiles est spectaculaire. C’est une coalition locale conduite par Fratelli d’Italia (mouvement classé à l’extrême droite de l’extrême droite, par nos commentateurs politiques !) qui a supplanté le M5S à Raguse, chef-lieu de province, que son fondateur, Peppe Grillo, considérait pourtant comme un « modèle » de gestion populiste.

Une voix qui porte jusqu’en Libye

Un succès national et une voix qui porte au-delà des côtes italiennes.

Lundi, c’est un Matteo Salvini omniprésent qui s’est déplacé en Libye où il a rencontré les autorités libyennes et constaté que celles-ci font bien leur travail. Quant à la création de centres de regroupement (hotspots) des candidats à l’émigration en Libye, Matteo Salvini, estimant que la Libye et l’Italie « ont un problème commun, avec l’immigration illégale et les intérêts criminels des trafiquants », a affirmé qu’ils devraient être installés « au sud de la Libye pour éviter que Tripoli ne soit congestionné, comme l’Italie ».

Des propos offensifs contre la submersion migratoire qui se sont transformés en succès diplomatique pour Matteo Salvini auprès des autorités libyennes, ces dernières refusant désormais « catégoriquement » la proposition de la Commission européenne d’installer des « hotspots » dans les « pays de passage ». Une identité de vue entre Rome et Tripoli, notamment sur ce que l’on pourrait appeler les « trafiquants d’ébène » qualifiés de « bandes criminelles dangereuses » par Ahmed Miitig, Vice-Premier ministre libyen.

Pierre Malpouge

Article paru dans Présent daté du 28 juin 2018