Macron chez le pape, par Guy Rouvrais

Le pape a remis un médaillon représentant saint Martin à son visiteur, Emmanuel Macron. Ce saint, légionnaire de son état, donna la moitié de son manteau à un pauvre, ce qui est plus héroïque que de donner un manteau à sa moitié, quoique Brigitte Macron en serait reconnaissante. Il y aurait là un message pontifical à l’égard du « président des riches », invité à faire davantage pour « les moins favorisés. »

Mais tant qu’à être dans le symbole et l’exhortation, il eût été plus judicieux que ce pape jésuite à l’esprit franciscain – d’où le choix de « François » – lui offrîit une médaille de saint François d’Assise, qui, lui, donna un baiser aux lépreux ce qui lui fut un chemin de conversion. Mais Macron n’en est pas encore là ! Les lépreux, populistes, souverainistes, nationalistes, qui montent partout en Europe n’ont droit qu’à des menaces et des sanctions. Il est vrai que le pape et le président français sont sur la même longueur d’ondes au sujet du « populisme » comme de l’accueil des « migrants », l’un et l’autre ont stigmatisé le refus italien de laisser l’Aquarius débarquer ses clandestins, quoique le souverain pontife ait été plus modéré dans son expression que le chef d’Etat.

En guise de cadeau, le président a annoncé que la France allait accueillir en France une partie de ceux dont ne veut pas l’Italie, parmi les « passagers » de Lifeline. Consensus aussi pour s’en prendre à Trump qui a dénoncé les accords écolos de Paris, ce qui a autant déplu au pape auteur de l’encyclique Laudato si qu’au nouveau chanoine du Latran, Emmanuel Macron qui a été intronisé dans cette fonction symbolique.
Au-delà de la visite protocolaire, le président français voulait aussi qu’elle serve à « réparer le lien » avec les catholiques, ainsi qu’il l’avait annoncé dans son discours des Bernardins, lien qui avait été malmené par le gouvernement dont il faisait partie, sous Hollande. Les fidèles s’étaient sentis humiliés, avait ajouté Macron par la façon dont le pouvoir avait imposé le mariage pour tous. Or, qu’entend-t-il faire aujourd’hui, si ce n’est agresser une nouvelle fois les catholiques – mais pas eux seulement – en décidant la « PMA pour tous » ? Qu’il y mette plus de diplomatie, ou de ruse, que François Hollande ne change rien quant à la violence faite à la loi naturelle en imposant, par la loi, qu’il y ait délibérément des enfants nés orphelins de père. Le pape ne saurait l’approuver, on veut espérer qu’entre deux propos sur les « migrants » et l’avenir de la planète, le souverain pontife lui a fait part de sa désapprobation.

Si Emmanuel Macron tente de séduire les catholiques, c’est que sa cote de popularité ne cesse de diminuer parmi eux. Pour la première fois à une élection présidentielle les catholiques, en 2017, ont voté autant que les autres électeurs pour la candidate de la droite nationale et pour le même motif que leurs compatriotes : la montée de l’islam. Il ne suffira pas d’une rencontre au sommet avec le chef de l’Eglise pour remonter la pente …et sa cote.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 27 juin 2018