Italie : Macron entre deux feux, par Guy Rouvrais

En Conseil des ministres, le chef de l’Etat a dénoncé le « cynisme » des dirigeants italiens et leur « irresponsabilité » puisqu’ils ont refusé le débarquement de 600 clandestins sur le sol la Péninsule. Il a fustigé aussi, pendant qu’il y était, « l’instrumentalisation politique » qu’ils feraient de la situation, comme s’il ne s’agissait pas d’une affaire éminemment politique ! Le cynisme, serait-ce d’honorer l’engagement pris devant les électeurs, à savoir que l’Italie ne serait plus «  le camp de réfugiés de l’Europe », comme l’avait annoncé Matteo Salvini, aujourd’hui ministre de l’Intérieur ? Il fait ce qu’il a dit. Salvini a répliqué à Macron qu’il n’avait que faire des leçons « hypocrites » de la France. Quant à l’irresponsabilité, ce serait continuer à laisser se déverser le flot des « migrants », incitant d’autres à venir en d’interminables norias parfois mortelles. Afin qu’ils cessent de débarquer, il faut les dissuader d’embarquer. Pour les en convaincre, les actes parlent plus fort que les paroles.

Emmanuel Macron est pris entre deux feux. Il y a ceux de sa majorité, et les députés de gauche qui le pressent d’agir et de réagir. « La France ne peut pas rester silencieuse face au drame en Méditerranée », a lancé Fiona Lazaar, député LREM, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, tandis que sa collègue Sonia Krimi, du même bord, regrettait « la dérive » du « principe d’accueil » et qu’Anne-Christine Lang, macroniste, l’appelait à « faire une exception et à accueillir les passagers de l’Aquarius ». Mais le chef de l’Etat n’ignore pas l’état de l’opinion qui, elle, approuve, avec bon sens et sans cynisme, la façon dont nos voisins italiens réagissent. Les élections européennes sont dans moins d’un an maintenant, la peur des électeurs est le commencement si ce n’est de la sagesse, au moins de la prudence. Il ne peut annoncer que la France accueillera ceux dont notre sœur latine ne veut pas, ne veut plus : le président français se contente de féliciter l’Espagne de le faire. C’est là le premier acte important du nouveau gouvernement socialiste de Madrid. Qu’ils les accueillent, s’ils le veulent, au lieu de les renvoyer en Lybie, mais alors qu’ils les gardent et qu’ils ne nous les envoient pas, au nom de la « solidarité européenne » !

Que va faire le pouvoir ? Macron va s’entretenir mardi avec « les autorités maltaises, espagnoles et italiennes » a annoncé la porte-parole de l’Elysée. De son côté, le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré : « Nous sommes évidemment prêts à aider les autorités espagnoles pour accueillir et analyser la situation des personnes » pouvant bénéficier du statut de réfugié. Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, a invité ses homologues italien et espagnol à Paris « dans les prochains jours » pour « approfondir le dialogue » sur les questions migratoires. Comme s’il n’y avait pas déjà eu sur le sujet des milliers d’heures de palabres inutiles ! Tandis que ces gens-là parlent, les Italiens agissent et, ce faisant, ce n’est pas seulement leur pays qu’ils défendent, c’est l’Europe dont la botte italienne est une des principales portes d’entrée.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 13 juin 2018