Le petit festival des horreurs de Cannes, par Caroline Parmentier

Confidence d’un très élégant festivalier au bord de la nausée : « attend-on vraiment de nous de regarder de telles horreurs et de le faire en robe de soirée ? ». Le festival de Cannes reste plus que jamais une caricature de lui-même dans un monde à part. Avec un supplément vomitif cette année.

Lars Von Trier est arrivé. Le réalisateur danois qui s’était rendu célèbre sur la Croisette avec Nymphomaniac dans lequel Charlotte Gainsbourg se découpait le sexe au ciseau à coudre, revient avec The House that Jack Built, un film aussi prétentieux qu’ultraviolent, qui se veut une dialectique sur l’art, aux scènes insoutenables montrant des femmes et des enfants en train de se faire mutiler par un tueur en série surnommé « Monsieur Sophistication ». Plus d’une centaine de spectateurs sont sortis de la salle en cours de film, l’estomac au bord des lèvres. Pourtant dans ces salles-là, il s’agit d’un public averti…

Comme le dit le réalisateur lui-même : « Meurtres d’enfants, femme aux seins découpés puis transformés en porte-monnaie : J’essaie toujours d’aller loin. Ce serait malhonnête de ne pas le faire. »

Pour une édition cannoise qui nous rebat les oreilles avec le mouvement Metoo après des mois de balançage de porc, les femmes sont humiliées et maltraitées avec un rare sadisme à l’écran.

« Regardez comment vous traitez les musulmans »

Pressenti pour la Palme d’or, le BlacKKKlansman de Spike Lee a séduit le festival avec son cinéma anti-Trump. Son film raconte l’histoire d’un policier afro-américain infiltré parmi des membres du Ku Klux Klan en 1978, qui gravira les échelons de l’organisation jusqu’à en devenir président.

Spike Lee met en garde la France :

« Regardez vos pays et comment vous traitez les musulmans ou les migrants… Ces conneries d’extrême droite, ce n’est pas seulement aux Etats-Unis : c’est partout dans le monde, et nous ne pouvons pas rester silencieux. Il faut nous réveiller. » Le vrai péril 2018 ce n’est pas le terrorisme islamiste, c’est le Ku Klux Klan et la menace d’extrême droite.

N’oublions pas nos amis LGBT et le mouvement politique Queer, gros influenceurs et faiseurs de tendance sous le soleil cannois, qui se sont souvent taillé la part du lion. La Palme d’Or était revenue à La Vie d’Adèle (et ses scènes de 17 minutes de sexe lesbien) tandis qu’à Paris on marchait contre le Mariage pour tous. Le Grand Prix du Jury l’année dernière a été remis dans la liesse aux activistes homosexuels du mouvement Act Up élevés au rang de héros par le film 120 Battements par minute.

A nouveau cette année, le premier film français en lice pour la Palme d’or, Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré est une (très) longue chronique homosexuelle qui raconte le dernier amour d’un écrivain au temps du sida. « Brillant et émouvant », nous assure Le Figaro. Le film dénonce « l’homophobie ambiante » des années 90 et l’indifférence de la société face à l’épidémie. Télérama est bouleversé par « l’intrigante osmose entre la douceur du sexe et sa crudité » : « l’impudeur du film naît d’ailleurs moins des étreintes qu’il met en scène que de la frontalité des joutes verbales. » Des deux, à notre avis !

Quant va-t-on sortir du paradigme cinématographique de l’amour homosexuel au temps du sida ? Cette propension du cinéma cannois à tourner de façon de plus en plus étroite autour du nombril d’une minorité complètement déconnectée de la vie et qui confisque la création, est insupportable. C’est de la colonisation idéologique d’un cinéma que personne n’aime et que personne n’ira voir.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 16 mai 2018