Vers un nouvel « assassinat » d’Arnaud Beltrame ?, par Franck Deletraz

Peut-on réellement être lâche au point de renoncer à baptiser un établissement scolaire du nom d’Arnaud Beltrame, par crainte de représailles islamo-terroristes ? C’est en tout cas la question que nous sommes en droit de nous poser devant les protestations émises par un collectif de parents d’élèves de Pégomas qui refuse que le nom de cet héroïque gendarme soit donné au futur collège de la ville.

Courage et dépassement de soi

A l’origine de cette polémique qui en dit long sur la décrépitude morale qui mine notre pays, la proposition faite fin mars par le recteur d’académie de Nice de baptiser le futur collège de Pégomas du nom d’Arnaud Beltrame. Un homme qui, avait alors rappelé le recteur, invite par son acte héroïque « à réfléchir aux notions de courage, de dépassement de soi ». Une proposition qui avait immédiatement séduit le conseil départemental des Alpes-Maritimes, dont le président LR Charles-Ange Ginésy, après avoir officialisé cette appellation le 30 mars, avait déclaré : « nous sommes tous d’accord pour donner le nom d’Arnaud Beltrame au collège de Pégomas. » Une initiative également applaudie par le maire LR de la commune, Georges Pibou, qui avait de son côté évoqué un « grand honneur ».

Bref, ce choix semblait acquis et faire l’unanimité, jusqu’à ce qu’un « collectif de parents d’élèves du Val-de-Siagne » sollicite mi-avril une réunion avec le conseil départemental pour manifester son opposition. Dans un communiqué rendu public le 20 avril, ledit collectif expliquait en effet qu’« au-delà de l’émotion que l’acte de sacrifice de ce gendarme suscite, le collège de Pégomas, avec cette identité, devient potentiellement une cible à des attaques criminelles » et que « ce choix est angoissant, symbolique de la mort d’un homme dans un contexte de menace terroriste ». Or, ajoutait-il, « les enfants de 10 à 14 ans ont le droit d’étudier et de grandir sans ce poids permanent sur les épaules. » Et le collectif de demander alors à ce que « le nom de “collège Rosa Centifolia” ou “collège Rose de mai” puisse faire l’objet d’une étude » !

Un mélange de niaiserie et de pleutrerie

Un mélange consternant de niaiserie et de pleutrerie qui a de quoi nous laisser bouche bée à l’heure où, justement, notre jeunesse a plus que jamais besoin qu’on lui donne pour modèles des héros foncièrement français. Cependant, si lors de sa visite sur le chantier du futur collège vendredi dernier, puis dans un courrier qu’il a adressé lundi aux parents, Charles-Ange Ginésy a semblé confirmer le choix du nom d’Arnaud Beltrame pour cet établissement, en rappelant au passage que « la France a besoin de tenir et défendre ses valeurs », le président du département s’est tout de même empressé de préciser mardi que « l’attribution (d’un nom) se fait par ordre » et que « d’abord, il y a concertation ». Puis, disant « comprendre l’inquiétude des parents d’élèves », Charles-Ange Ginésy a alors précisé que le dialogue restait ouvert entre le département et ceux-ci. Annonçant même que la responsable du collectif sera prochainement reçue par les équipes du conseil départemental pour débattre de la question…

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 25 avril 2018