Le nouvel échec de la CGT ne restera pas sans conséquences, par Jean-Gilles Malliarakis

La manifestation du 19 avril, se voulant interprofessionnelle, s’est traduite par un fiasco. On ne doit, certes, ni la confondre avec l’ensemble, disparate, des mécontentements, ni en déduire des pronostics pour les jours prochains.

En particulier il semble bien que, dans le ferroviaire, la tension ne recule pas à la base et que la grève de la SNCF peut continuer. Et même on peut se demander pourquoi la réforme de filialisation du fret, jetant de l’huile sur le feu, a été annoncée au moment même où l’on pouvait espérer que la CFDT et l’UNSA se désolidariseraient de la CGT et de Sud-Rail.

Mais le fait objectif s’impose : avec 15 000 manifestants à Paris et 6 000 à Marseille, le chantage de Martinez n’impressionne plus personne. Ayant misé sur la convergence des luttes, le secrétaire général de la vieille centrale a perdu(1).

À peine les gauchistes bloqueurs de facs, les inévitables black blocks et les marcheurs impénitents de toutes les manifs se sont joints aux apparatchiks. Avec 133 rassemblements sur tout le territoire, reflets du maillage très ancien de l’organisation, ils ont été comptés pour quelque 120 000 personnes, selon les évaluations objectives, lesquelles désormais apparaissent et démentent les affirmations souvent fantaisistes des organisateurs(2).

Enfermés dans des luttes minoritaires et retardataires, les dirigeants actuels de la CGT, formés à l’école sclérosée du PCF, se sont voués au déclin. Ils ne parviennent à surnager qu’en surenchérissant dans le registre des contre-vérités. Celles-ci restent crachées à l’envi par les pseudo-économistes du marxisme tardif. L’idéologie qu’on espérait défunte continue hélas à fonctionner. Elle sert même de viatique dans les discours de tous les défenseurs du prétendu modèle social français. C’est pourquoi on ne doit pas s’étonner de la survie d’une petite frange gauchiste, réapparaissant à chaque génération, et à laquelle on ne se préoccupe guère de répondre. À moins qu’on se préoccupe de ne se surtout pas lui répondre. Les utiles idiots serviront toujours d’indispensables ingrédients pour les cuisines politiciennes.

Reste qu’après la longue série des mobilisations contre la loi El Khomri et le gouvernement Valls de mars à juillet 2016, puis après le fiasco et l’isolement de fait en septembre 2017 contre la réforme du Code du travail, ce nouvel échec de la mobilisation de la CGT du 19 avril pourra très difficilement rester sans conséquences.

La date du 19 avait été fixée unilatéralement par Martinez. Es lors, les autres centrales, à l’exception des gauchistes de Sud-Solidaires, s’en étaient écartées. Le renfort des politiques, de Besancenot, de la France insoumise, des activistes d’extrême gauche, des anciens de NuitDebout, et bien entendu de Pierre Laurent du PCF, n’aura fait que souligner la division, et renforcer la méfiance de ceux qui refusent de confondre syndicalisme et politique.

Une prochaine échéance se situera le 1er mai, date à laquelle la CFDT ne veut pas défiler avec les cégétistes, préférant se joindre aux autres syndicats réformistes, CFTC et UNSA. À noter que les microcombats d’appareils ne cessent pas : ainsi, le congrès de FO semble avoir vocation, du 23 au 27 avril, à désavouer la ligne, jugée par certains trop modérée, de Jean-Claude Mailly dont le mandat s’achève après 14 ans de bons et loyaux services. Il se pourrait ainsi que la faculté de manœuvre de la CGT y gagne.

Martinez et ses camarades resteront toutefois dans l’erreur s’ils peristent à sous-estimer l’aspiration très majoritaire des Français à des réformes indispensables du prétendu modèle social français. Celles-ci n’ont que trop attendu. En votant unanimement en faveur de lois qu’elle juge globalement positives, la droite, elle qui en avait différé pendant si longtemps la mise en œuvre, ne s’y est pas trompée.

1/cf. la Chronique des événements courants de l’Institut d’Histoire sociale du 16 avril. Pour recevoir régulièrement et gratuitement les liens de ces chroniques, il suffit de le demander sur ce lien à l’administration du site. ⇑
2/ cf.”Compter les manifestants” in Le Monde⇑

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent