Macron et ses faire-valoir, par Guy Rouvrais

Après avoir rencontré le père tranquille de l’interview sur TF1, en la personne de Jean-Pierre Pernaut, le chef de l’Etat a tenu, quatre jours plus tard, à affronter deux journalistes présentés comme coriaces, de telle façon qu’Emmanuel Macron puisse jouer les fiers à bras en proclamant « Même pas peur ! » Mais on a peine à parler d’interview, cela tenait, dans les moments les plus calmes, à une conversation de Café du Commerce partant dans tous les sens et, dans la plupart des autres, au pugilat, à une querelle « d’egos ». C’est à qui coupera la parole à l’autre, pour la garder, et avec la plus grande véhémence.

Le président de la République – jamais appelé ainsi – a été malmené, mais il le savait, c’est ce qu’il voulait en choisissant ces interlocuteurs-là, « Et s’il me plaît à moi d’être battu ? », comme l’eût dit Molière. Il s’agissait, pour le chef de l’Etat, de montrer sa détermination et sa pugnacité à cette occasion, pour tenter de remédier à l’effritement de sa popularité. Les deux compères en face de lui se sont prêtés à cette opération de communication. C’est l’Elysée qui, faisant son marché dans les médias, les a choisis. Le temps n’est plus où Edwy Plenel, en 2009, disait à propos de Nicolas Sarkozy : « Si la presse était libre, le président ne pourrait pas choisir les journalistes qui l’interviewent à la télévision. » Il est vrai qu’à l’époque Plenel n’était pas choisi mais, maintenant, un peu de publicité pour Mediapart vaut bien qu’il accoure quand l’Elysée le sonne pour prendre sa place comme faire-valoir du président.

Le plus clair de cette interminable soirée, que de nombreux téléspectateurs ont lâchée en cours de route, est que les Français auxquels Emmanuel Macron était censé s’adresser n’ont rien appris qu’ils ne sachent déjà. Fallait-il donc parler pour ne rien dire, de nouveau, à quelques jours d’intervalle ? La seule information est que nous passerons à la caisse deux fois au lieu d’une pour financer la dépendance, un second jour de travail non payé s’ajoutant à celui déjà institué par Jean-Pierre Raffarin il y a quinze ans, ce qui n’a pas changé les conditions déplorables dans lesquelles nos anciens sont accueillis dans les EHPAD, même en doublant la mise, le compte n’y sera pas. Cette « journée de solidarité » où nous travaillerons gratuitement est en réalité un impôt baptisé autrement. Le chef de l’Etat révèle sa méthode pour nous ponctionner : il ne crée pas d’impôts nouveaux, il aggrave les anciens.

Si les trois hommes ont paru s’affronter comme des coqs, leurs interpellations et leurs cris ne doivent pas dissimuler leurs convergences de fond, tous étant politiquement corrects. Ainsi, quand Macron a vu dans le développement de l’islam en France et de sa conséquence, l’islamisme, un fruit de l’immigration, ni Plenel, ni Bourdin ne lui ont répliqué que, dans ce cas, la première mesure à prendre pour que la situation ne s’aggrave pas est d’arrêter toute immigration. Et quant à la loi nouvelle défendue par Gérard Collomb, ils n’ont pas élevé d’objection à l’extension du regroupement familial aux fratries et à l’accueil des jeunes filles menacées d’excision ce qui, inévitablement, va provoquer un appel d’air et une nouvelle vague de « migrants ».

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 16 avril 2018