Macron en campagne chez les catholiques, par Guy Rouvrais

Le président de la République était donc l’invité de l’épiscopat français lundi soir au collège des Bernardins. Si le chef de l’Etat a participé à une fête religieuse, la rupture du jeûne lors du ramadan dans le cadre du Conseil français du culte musulman, il a pris soin que la rencontre avec les catholiques fût dépouillée de cet aspect religieux, intervenant huit jours après Pâques. Prenons acte de ce que le respect strict de la laïcité ne s’applique qu’à l’Eglise.

Son message aux catholiques lors d’un long discours ? « Engagez-vous ! Rengagez-vous ! », comme le slogan du ministère des Armées naguère quand il voulait recruter des troupes. Il a exhorté les fidèles à investir la « scène nationale et européenne » en y apportant leur propre vision. Mais attention ! Pas en s’opposant à celle du pouvoir pour ce qui est de la PMA et la bioéthique. Là, les catholiques qui s’y sont investis, doivent se désinvestir et ne pas contrarier le projet annoncé par le candidat Emmanuel Macron. Dans ce domaine, la « voix de l’Eglise » a-t-il dit, ne peut être « injonctive » mais « questionnante » et d’autant plus que lui-même et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) ont déjà répondu à la question. Mais le Président veut bien, quand même, que les évêques prêchent dans le désert, « cause toujours, tu m’intéresses… »

Dès lors, où les catholiques doivent-ils s’investir ? Du côté des « déshérités », de ceux qu’affecte « la souffrance sociale », comme si les fidèles avaient attendu Emmanuel Macron pour se soucier des plus pauvres et s’investir dans l’aide à ces délaissés ! Mais, surtout, s’investir électoralement. Il ne l’a pas dit comme cela, mais en évoquant la « scène européenne » il invite les évêques à suivre son regard vers la ligne bleue des élections européennes, son parti est déjà en campagne et lui aussi. Or, l’épiscopat français, hormis quelques individualités, est notoirement pro-européen, ce dont témoignent ses prises de position. Le chef de l’Etat, dit-on, a été ulcéré de ce que, lors de la présidentielle, les évêques ne prennent pas position en sa faveur face à Marine Le Pen, au moins au second tour. Il leur lance un appel afin qu’ils se rattrapent pour les européennes. Il oublie la raison de ce silence invoquée par Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France dans Le Figaro quelque temps auparavant : « Il suffirait que nous, évêques, disions pour qui voter pour que les catholiques fassent le contraire. »

Le chef de l’Etat, toujours en campagne, a ensuite manifesté son désir de « réparer le lien » qui « s’est abîmé entre l’Eglise et l’Etat ». La gauche anticléricale de Mélenchon à Faure, en passant par Valls, s’est insurgée contre ce qui serait une trahison de la laïcité par une remise en cause de la loi de de 1905. Que ces sectaires se rassurent ! Le Président a bien en projet une révision de cette loi, il l’a confié au Journal du Dimanche, en février dernier, non pas pour favoriser l’Eglise mais en faveur de l’islam, au motif, a-t-il précisé, que le législateur sous la IIIe République « n’a pas pensé le fait religieux avec et par l’islam, parce qu’il n’était pas présent dans notre société comme il l’est aujourd’hui ».

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 11 avril 2018