Mariani « fiché FN » sous haute surveillance de LR, par Guy Rouvrais

En diplomatie, on appelle ça des « conversations exploratoires ». Il y a donc de telles conversations entre Marine Le Pen et l’ancien ministre de Sarkozy, Thierry Mariani, dans la perspective des élections européennes. Sera-t-il en troisième position sur la liste du Front national, laquelle portera peut-être un autre nom ? C’est en débat, les points d’accord et de désaccord, sont examinés. « Après, on verra ce qui se passe » déclare l’ex-député LR des Français de l’étranger, la décision n’interviendra pas avant le mois de septembre.

Mais la simple possibilité envisagée par Thierry Mariani suffit pour susciter la menace de l’exclusion chez Laurent Wauquiez. Tant que Mariani ne fait que parler, il le tolère, mais demeure vigilant. Il est « fiché FN », s’il ne bouge pas, LR reste l’arme au pied, et le place sous « haute surveillance » ; en revanche, « au moindre acte politique, il sera immédiatement exclu » et même, renchérit un lieutenant de Wauquiez, « dans les dix secondes » ! Car il y aurait urgence de faire cesser ce prétendu scandale. Remarquons que, si Mariani sera exclu « immédiatement », il a fallu plusieurs semaines pour que les Républicains ayant rejoint le gouvernement le soient.

Ce souci de bannir le dissident toutes affaires cessantes trahit chez Wauquiez la crainte de la contagion. S’il n’était pas sanctionné, d’autres pourraient le suivre, notamment lors des municipales ; nombre de maires LR sont inquiets des ambitions de LREM dans leur fief et ont donc besoin de voix à droite, notamment au FN, pour conserver leur siège. Mais, au-delà de ces considérations électorales, ce sont des raisons politiques de fond qui, chez Thierry Mariani et ceux qu’il inspire, les poussent à refuser l’ostracisme dont Wauquiez, comme ses prédécesseurs à la tête du parti, frappent le Front national. « Il va falloir sortir du carcan idéologique imposé par Mitterrand » explique l’ancien député. Car Wauquiez a beau vouloir incarner « la droite, la vraie », celle qui « n’a pas honte d’elle-même », il continue à se soumettre aux oukases de la gauche en s’inclinant devant l’interdit qu’elle a lancé contre le Front depuis des décennies. C’est cette soumission qui a permis aux socialistes de durer au pouvoir alors même que l’électorat de droite est majoritaire dans le pays.

Comme les autres, à l’UMP naguère, Wauquiez veut les suffrages des électeurs frontistes tout en dénonçant le parti qui a leur faveur. Vieille ficelle démagogique de la droite libérale usée à force d’avoir trop servi et dont les sympathisants FN ne sont plus dupes. Ils savent qu’après les avoir flattés pendant la campagne, ils sont oubliés tout de suite après. Ils se sont fait avoir par Sarkozy, ils ne recommenceront pas avec Wauquiez.

Thierry Mariani le constate, LR est dans une « impasse stratégique ». Une partie, pro-européenne, lorgne vers Macron, attendant la meilleure occasion de se rallier, d’autres, souverainistes, sont dans une opposition résolue au pouvoir. Wauquiez devra choisir et d’abord son programme pour les élections européennes, il sera contraint à un équilibrisme décevant s’il veut unir cet ensemble disparate. Mariani, lui, est pour la clarté et une alliance sur des idées communes. Il n’est pas le seul chez les Républicains.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 4 avril 2018