Sarkozy et la Libye : une faute gravissime, en tout état de cause, par Francis Bergeron

Mercredi matin, Nicolas Sarkozy était encore en garde à vue dans les locaux de l’office anti-corruption de Nanterre. La garde à vue ne peut pas dépasser 48 heures. Et comme on ne voit pas vraiment ce qui justifierait de mettre ou garder en détention l’ancien président de la République, qui ne va probablement pas s’enfuir … en Libye ou ailleurs, monsieur Sarkozy sera sans doute libéré à l’heure où nos lecteurs liront ces lignes.

Cette garde à vue spectaculaire est la suite de l’enquête ouverte en 2013, qui cherche à savoir si la campagne électorale de 2007 de l’ancien maire de Neuilly avait bénéficié de financements libyens secrets. Des sources libyennes concordantes affirment que oui. Des sources françaises tout aussi concordantes nous disent que non. Il n’est pas certain du tout que la vérité soit clairement établie un jour.

Ségolène Royal, qui fut la grande perdante de 2007, a beau jeu de se répandre dans les médias avec cette formule, frappée au coin du bon sens : « Ma pensée va aux millions de citoyens qui ont le droit de savoir si le match était à armes égales ». Est-il possible que Sarkozy et Kadhafi nous aient fait échapper à ce qui aurait été une calamité ? Mais nous n’avons pas échappé, cinq ans plus tard, à la calamité, pire encore, de la présidence de son ex-conjoint. Quant au quinquennat Sarkozy, il n’a pas laissé que des bons souvenirs…

La vraie faute de Sarkozy, la grave faute, celle qui ne peut lui être pardonnée, c’est cette guerre qu’il mena finalement contre Kadhafi. Bien évidemment, si cet engagement militaire a été pris dans le but d’éliminer Kadhafi, et de l’empêcher ainsi de révéler son financement de la présidentielle de 2007, cela ferait de Sarkozy l’un des plus machiavéliques présidents de la Ve République, l’égal d’un De Gaulle ou d’un Mitterrand.

Hypothèse tentante, avancée ici ou là, mais assez peu crédible. Il faut se souvenir en effet des circonstances de la mort du dictateur libyen. En février 2011, le pays avait connu de violentes contestations internes, comme d’autres pays de la région : le fameux « printemps arabe », qui se révéla en fait très vite une catastrophe politique et humanitaire.

Pour protéger les populations civiles de la répression kadhafiste, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait autorisé une intervention étrangère. C’est sous couvert de l’ONU qu’un Mirage 2000 français a détruit un convoi de véhicules dans lequel se trouvait Kadhafi, permettant ensuite un assaut de ses opposants. Le tyranneau fut capturé, torturé et liquidé dans la foulée.

Le déclenchement d’un processus migratoire sans précédent

La faute gravissime de Sarkozy, d’Obama et des autres fut ce soutien au prétendu « printemps arabe », censé apporter droits de l’homme et prospérité. Et la responsabilité de Sarkozy est spécialement en cause en Libye. Nous savons les conséquences qu’eut cette politique de très courte vue : un formidable coup de pouce donné aux islamistes libyens, un effondrement économique du pays, et le déclenchement d’un processus migratoire sans précédent, dont nous continuons à faire les frais. Oui, il y a certainement matière à juger et condamner cet ancien chef d’Etat. Mais l’affaire libyenne, c’est beaucoup plus grave qu’une supposée valise de cinq millions d’euros.

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent