Macron lance la guerre des générations, par Guy Rouvrais

Dans notre système par répartition, les salariés cotisent pour abonder la retraite de leurs aînés. A leur tour, ayant atteint l’âge de la retraite, ceux qui travaillent aujourd’hui bénéficieront de la solidarité de ceux qui leur ont succédé. Macron entend nous changer cela aussi ! Les retraités depuis le 1er janvier sont ponctionnés de 1,7 % de CSG pour laquelle ils ne bénéficient d’aucune compensation. Ainsi, après avoir financé la pension de leurs prédécesseurs, ils auront à payer aussi pour leurs successeurs. Ils devront donc être deux fois solidaires. Les retraités ont manifesté un peu partout jeudi pour dire leur refus : « Stop à la traite des vieux ! », ont-ils lancé.

Interpellé en ces termes par une femme, retraitée : « Là vous nous avez vraiment pompés ! », le président lui a répondu : « Je vous demande un petit effort pour m’aider à relancer l’économie et les actifs. La CSG, on ne l’a pas fait pour vous pomper comme vous dites, on a baissé de trois points toutes les cotisations salariales. Donc tous ceux qui travaillent touchent plus pour qu’ils gagnent plus par le travail. »

Cette dernière phrase oppose ceux qui « gagnent par leur travail » à ceux, les retraités, qui « gagnent » en ne faisant rien, les fainéants, les premiers sont donc appelés « actifs » et les seconds « inactifs. » Ce qui est mensonger car, sans le troisième âge, le secteur associatif serait en panne, la majorité de ceux qui s’y dévouent sont des bénévoles dont la retraite est très active. Combien d’économies fait la société grâce aux grands-parents qui gardent leurs petits-enfants, libérant de coûteuses places de crèches et de garderies ! Cela Macron veut l’ignorer. Il préfère entretenir une guerre des générations, au motif, a-t-il expliqué dans Le Point, que « les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes ».

Les jeunes, pauvres, tous ? Nous connaissons tel jeune cadre qui a un salaire de 4 500 euros, il a vu ses cotisations baisser en compensation partielle de la hausse de la CSG, tandis que son père, avec 1 500 euros de retraite a eu la hausse sans la compensation. Où est la justice ? Le député LREM Eric Alauzet en rajoute en prétendant que « les retraités d’aujourd’hui font partie d’une génération dorée » ! Une génération qui a beaucoup travaillé, qui a eu à reconstruire un pays dévasté par la guerre, en accomplissant des semaines de 40 heures et non pas de 35.

Cette génération « dorée », qui n’a rien pris à personne, doit donc rendre gorge et amputer une pension qu’elle croyait acquise. Le chef de l’Etat assure que cela ne frappe que les plus « aisés » et ne leur demande qu’un « petit effort ». L’aisance commence pour lui à… 1 200 euros mensuels ! Ce qui fait une baisse de 25 euros par mois, effort négligeable pour Macron et ses têtes chercheuses, mais c’est une semaine de courses pour telle vieille dame. Même avec 900 euros de pension, le retraité est touché, il suffit que son conjoint en ait une de 1 500 euros pour que le foyer fiscal se voie appliquer la hausse de 1,7 % sur l’ensemble de ses revenus. La compensation promise, en l’occurrence la baisse de la taxe d’habitation – mais pas pour tous –, n’aura lieu ni à Pâques ni à la Trinité, mais en octobre, si tout se passe bien. En attendant, les retraités devront se serrer la ceinture.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 17 mars 2018