L’Union européenne toujours sourde et aveugle, par Guy Rouvrais

Les Italiens ont toujours été les plus europhiles des Européens, y compris au sein des pays fondateurs. Eh bien, « ils » auront réussi à décourager et même à écœurer jusqu’à ceux-là ! « Ils » ce sont nos européistes, technocrates bruxellois et les dirigeants politiques dont ils sont les exécutants zélés.

Le vote « antisystème » qui s’est exprimé par le soutien massif à la droite nationale et au Mouvement 5 étoiles est, d’abord, contre cette Union européenne qui les a laissés seuls face à l’invasion des « migrants » dont la misère rend négligeable celle des Italiens qui doivent en subir les conséquences financières, les nuisances diverses et la délinquance violente. Ils ont voulu aussi sanctionner celui qui était le factotum de Bruxelles, l’ancien président du Conseil, Matteo Renzi, pour lequel tout le gratin européen avait les yeux de Chimène et dont la formation a lamentablement mordu la poussière. C’était un Macron avant la lettre, qui, comme lui, devait terrasser ce qu’ils appellent le « populisme », en réalité le cri du peuple que ceux d’en-haut ne veulent pas entendre parce qu’il met en cause leurs chimères et leur pouvoir.

Lorsque que s’écarte momentanément la victoire de la droite nationale ou souverainiste dans un pays de l’Union, Bruxelles pousse un long soupir de soulagement, ce fut le cas en Autriche quand la présidence de la République échappa d’un rien au candidat du Fpö au profit de celui des Verts ou quand Macron fut élu au détriment de Marine Le Pen. Et, prenant leurs désirs pour la réalité, les européistes annoncent alors la fin du populisme. Sourds et aveugles volontaires, ils font fi de la colère qui montent des peuples d’Europe. Ils essaient de mater la dissidence des pays de l’Est, à coups d’objurgations, menaces juridiques et sanctions financières qui ne font que renforcer le sentiment anti-bruxellois. A l’Est, ils évoquent le terroir, le respect, de la nation et de ses frontières, de sa culture, de sa foi, de ses traditions et de son âme, Bruxelles répond « fonds structurels européens » ! Emmanuel Macron a proposé que ces fonds ne leur soient dispensés qu’en fonction du « respect des valeurs européennes », sans d’ailleurs les définir plus avant.

Mais la valeur européenne fondamentale n’est-ce pas le respect de la démocratie et du suffrage universel dont l’Europe voudrait exporter le modèle partout ? Quand des électeurs dans un scrutin loyal expriment librement leur choix, nos européistes ne devraient-ils pas tous se réjouir, quel que soit ce choix ? Comment le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, peut-il se dire « inquiet » du résultat du scrutin en Italie puisque le peuple a parlé ? L’inquiétude devrait être pour un peuple bâillonné, auquel la voie des urnes est interdite, comme en Chine, ce dont Bruxelles s’accommode sans états d’âme, car les affaire sont les affaires.

Comme à chaque fois qu’une élection désavoue leur Europe, il se trouve un de ses représentants pour assurer que la leçon est comprise et que cela va changer. Cette fois, c’est le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, qui s’y colle, déclarant que ce vote « est un appel au sursaut de l’UE qui doit en tirer la leçon. » Et comme précédemment après ça, rien ne changera !

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 8 mars 2018