Michel Déon interdit de sépulture parisienne – Le géant de la littérature et la virago socialiste, par Francis Bergeron

Le « journaliste » (sic) Claude Askolovitch avait vendu la mèche le 5 février, sur une chaîne de télévision : Michel Déon n’a pas sa place dans un cimetière parisien, car il a été le secrétaire de Charles Maurras qui, comme chacun sait, était un pilier de Je suis partout (sic).

La mairie de Paris, elle, ne se plaçait pas sur ce terrain. Elle invoquait des raisons légales, techniques : il est impossible d’inhumer à Paris une personne qui n’habitait plus à Paris, qui n’y payait plus ses impôts locaux, qui n’y votait pas, qui n’y était pas mort, et dont la famille n’y possédait pas de caveau.

L’excellent Mohammed Aïssaoui, critique au Figaro littéraire, et fin connaisseur de l’œuvre des « hussards », a enquêté sur ces soi-disant dispositions légales. Elles lui ont bien été confirmées par une dénommée Pénélope Komitès, élue socialo-zadiste de la capitale, et chargée de la gestion des cimetières parisiens. « La mairie de Paris n’a juridiquement pas le droit de transiger avec ces règles », lui précise-t-elle. Si la mairie cédait à cette indécente demande de la famille, ce serait alors un déferlement de personnes souhaitant absolument se faire enterrer dans la capitale, expliquait encore en substance, cette dame.

« Je suis fière qu’à Paris nous appliquions scrupuleusement ces principes fondateurs de notre République. »

Le problème est que tout ceci est un pur mensonge. Madame Komitès est en service commandé pour le compte de madame Hidalgo. Mais ayant trop vite lu le texte sur lequel elle appuie sa démonstration, elle en sort une règle inverse à la vérité. La vérité c’est que les personnes habitant Paris, décédées à Paris, ont certes le droit d’être enterrées dans la capitale. Mais nulle part il n’est indiqué qu’il serait interdit aux autres d’y être inhumées.

Punir un homme et sa famille

A meilleure preuve, il y a une dizaine d’années, très exactement en 2004, l’écrivain américano-polonaise Susan Sontag, engagée à l’extrême gauche et dans les mouvements homosexuels, avait été enterrée au cimetière du Montparnasse, alors même qu’elle avait vécu aux Etats-Unis et qu’elle y était décédée. Delanoë, le maire socialiste de l’époque, s’était réjoui d’accueillir les restes de cette femme très engagée pour les mêmes causes que lui. A l’époque, madame Hidalgo, qui siégeait déjà avec M. Delanoë, n’y avait rien trouvé à redire.

Nous sommes donc bien là devant une décision purement politique, absurdement politique, consistant à punir un homme et sa famille, pour avoir eu des complaisances intellectuelles à l’égard de l’Action française, il y a 75 ans, complaisances pour lesquelles Michel Déon n’a bien évidemment jamais été jugé ni condamné, ni même admonesté.

Madame Hidalgo, dont cette Komitès n’est à l’évidence que le porte-parole, entend effacer au plus vite le souvenir du dernier des « hussards », du dernier de ces écrivains d’après-guerre qui brisèrent le monopole communiste sur le monde intellectuel. Par cette action brouillonne et sectaire, elle favorise au contraire la mobilisation de ceux que répugne l’outrage aux morts.

Nul doute que dès qu’elle aura été chassée de la mairie, l’équipe municipale qui lui succédera, quelle qu’elle soit, aura à cœur de réparer cette ignominie, et de donner aux Parisiens un lieu leur permettant de communier dans le souvenir de ce magistral écrivain de l’après-guerre qu’était Michel Déon.

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent