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Parti Socialiste : Le dernier combat des sous-chefs, par Etienne Defay

C’est une constante au Parti socialiste, le trône de Solférino (tant que l’on peut encore utiliser cette formule dans la mesure où la vente du siège historique est actée) est bien parti pour être âprement disputé. Cependant la lutte qui s’annonce a de quoi désintéresser l’opinion tant les enjeux paraissent dérisoires. Mais, chez Présent, nous mettons un point d’honneur à mettre en lumière les causes que certains jugent perdues, alors parlons-en.
Car, la lutte a de quoi faire regretter le temps béni des combats d’éléphants. 2008 et 2012 sont loin et le casting de 2018 manque cruellement de ténors. La défection de Najat Vallaud-Belkacem en apporte une preuve supplémentaire. En lieu et place des François Hollande, Martine Aubry, Ségolène Royal ou encore Laurent Fabius, les Olivier Faure, Emmanuel Maurel, Stéphane Le Foll et Luc Cavournas prennent le relais pour le meilleur et pour le rire.

Car, finalement, avec l’OPA perpétrée par Emmanuel Macron et la saignée opérée dans l’électorat traditionnel du PS, bien optimiste sera celui qui prédit un avenir radieux et des lendemains qui chantent à l’héritage de Jaurès. La véritable information de cette élection est surtout qu’elle n’en est plus une. Las, les socialistes voient le parti historique de la gauche se vider de sens pour ne devenir qu’un champ de bataille confidentiel entre caciques en mal de recyclage. Si, de surcroît, les caciques sont des seconds couteaux, le match perd toute saveur.

Doit-on y voir un hommage aux armées de jadis se massacrant pour la prise symbolique d’une poignée de ruines fumantes ? Ou plutôt la dernière chance de régler définitivement ses comptes ? La deuxième option est de rigueur en ce qui concerne la double candidature de Stéphane Le Foll et Olivier Faure. Tous deux issus du courant social-démocrate, courant majoritaire du PS rendu orphelin par le départ précipité de Manuel Valls, et tous deux persuadés d’incarner l’avenir du parti. Mais, entre l’ancien ministre de l’Agriculture et l’actuel patron du groupe PS à l’Assemblée Nationale, subsiste cette vieille rivalité propre aux jumeaux politiques. De ces vieilles rivalités recuites en rancœur qui tournent à la détestation franche.

Derrière cette déroute qui se parachèvera dans d’ultimes déchirements internes, peut-être serait-il temps d’établir un diagnostic. Le Parti socialiste approche la mort cérébrale car il se trouvait déjà en situation de mort clinique. Une mort actée par Mitterrand, lorsque sous son impulsion, la gauche s’ouvrit au libéralisme et sacrifia l’ouvrier sur l’autel du libre-échange. Une mue qui lui permit d’accéder au pouvoir par trois fois, dont une par hasard ou plutôt par défaut, une mue qui permit au paladin de la finance et de l’ultralibéralisme, Emmanuel Macron, de s’engouffrer dans la brèche, faisant éclater les digues et renversant d’un même revers de main les échiquiers et les partis politiques. Tel un astre mort, le PS voit le trou noir En marche l’aspirer, lui et tous ses satellites.

Il faudra donc que quelqu’un se dévoue pour leur expliquer ce que tout le monde sait déjà : le socialiste doit aujourd’hui se mettre En marche ou devenir Insoumis. N’en déplaise à Le Foll, Faure et consorts, pour être élu, il ne suffit plus d’être candidat, il faut surtout avoir des électeurs !

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 11 janvier 2018