La SNCF, urgence nationale, par Caroline Parmentier

Il ne s’est pas passé un mois cette année sans que les usagers de la SNCF ne rêvent de démissionner Guillaume Pepy. Ou pire.

Les images de galères ferroviaires, de quais et de wagons bondés, de familles et d’enfants pris en otage dans des trains qui ne partent pas, envahissent les réseaux sociaux. Tout ça sur fond de billets hors de prix (et qui ne cessent d’augmenter) avec des tarifs parfois supérieurs à ceux de l’avion, un service et une propreté repoussants.

Les incidents à répétition se sont multipliés ces derniers mois : les débrayages, les saturations des trains au départ, les travaux, les surréservations, les usagers en rade, les retards, les trains supprimés, les feuilles d’arbre, les sabotages, les agressions, l’insécurité, les colis piégés. Mais aussi les formidables méga-pannes à chaque période de grands départs cette année (au moment du grand chassé-croisé de juillet, ou du dernier week-end de Noël) auquel il faut ajouter l’épouvantable accident de Millas. Rien d’étonnant à ce que les patrons de l’entreprise, l’insubmersible Guillaume Pepy (à la direction depuis dix ans) et son acolyte Patrick Jeantet, aient été convoqués dans le bureau de la ministre Elisabeth Borne lundi pour une séance d’explications. C’est bien le moins mais ne nous leurrons pas, l’Etat actionnaire partage une grosse responsabilité dans ce fiasco.

Le journaliste économique Gaétan de Capèle rappelle opportunément la liste des « décisions aberrantes imposées depuis des décennies à l’entreprise publique, dictées par des préoccupations strictement politiques ». Comme cette « perle du hollandisme » consistant à lui faire acheter des trains inutiles et inadaptés pour soutenir Alstom en difficulté. La politique au seul profit du tout TGV, ultra-coûteuse et pleine de ratés, a également gravement pénalisé le réseau ferré classique notamment de banlieue et de province qui vit de bricolages depuis trente ans.

La ministre des transports a elle-même publiquement reconnu la responsabilité de l’Etat dans les difficultés de la SNCF. Toutefois selon elle, l’Etat ayant mis la main à la poche à hauteur de 34 milliards sous le précédent gouvernement, c’est au groupe de prendre ses responsabilités. « La répétition de ces situations apparaît incompréhensible et suscite une légitime exaspération, cela alimente un sentiment de perte de maîtrise des fondamentaux du service public ferroviaire », a écrit Elisabeth Borne aux dirigeants en forme d’avertissement.

Les semaines qui viennent à la SNCF diront peut-être enfin quel patron est Emmanuel Macron. Et si alors que l’urgence est criante, quelque chose bouge. Le candidat Macron à la présidentielle avait laissé entrevoir une révolution comme jamais, comme aucun de ses prédécesseurs avant lui : modification du régime spécial des retraites, statut des cheminots, organisation du travail, transformation du fameux « modèle social ». Des sujets tabous et hautement explosifs. Pour le coup, les trains pourraient ne plus circuler du tout.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 9 janvier 2018