Un vol à 350 000 euros – Edouard Philippe : ça plane pour lui !, par Caroline Parmentier

Ils nous avaient dit : nous ce sera différent, ce sera la politique autrement, on ne peut plus faire comme avant, les Français à qui on demande de se serrer la ceinture, ne comprendraient pas…

Tandis qu’Emmanuel Macron fait toute une opération de com de son anniversaire à Chambord, clamant haut et fort qu’il l’a payé « de ses deniers », tombe la désagréable affaire du vol Tokyo-Paris d’Edouard Philippe à 350 000 euros, pour le ramener plus vite et plus confortablement de Nouvelle-Calédonie. Sans vouloir sombrer dans le populisme primaire, l’effet est moche et indécent. C’est Noël, la précarité atteint des records en France, on nous répète à la télé et à la radio que chez nous le 25 décembre au matin des enfants n’auront rien, les Restos du cœur sont pris d’assaut, les rues sont pleines de SDF et de migrants. Le fossé entre la France d’en haut et la France d’en bas, que l’on nous disait miraculeusement comblé par cette équipe jeune, renouvelée, les deux pieds dans la vraie vie, vierge des pratiques habituelles de la politique pourrie, vient de se rouvrir instantanément.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre, lors d’une escale technique à Tokyo du A340 de l’armée de l’air qui le ramenait en métropole, le Premier ministre et soixante personnes de sa cour ont préféré abandonner l’avion de la République pour prendre un A340 de luxe avec 100 sièges de type première classe, loué à la plus chère entreprise spécialisée, Aérovision : un vol à 350 000 euros, payé avec l’argent public. Le vol de l’armée disposant de 275 sièges économiques, est rentré quasiment vide. On ne vous parle pas du bilan carbone de l’opération, le chantage au réchauffement climatique c’est bon pour les crétins comme nous. D’anciens ministres ou des journalistes ayant emprunté le dit avion « inconfortable » ont pour leur part indiqué qu’ils ne voyaient pas du tout en quoi il était impossible de s’y reposer.

Edouard Philippe a déclaré assumer totalement son choix. Outre les inconvénients de la vieille carlingue qui l’auraient empêché d’arriver frais et dispos, les deux heures gagnées ont permis au Premier ministre de revenir « à temps » alors que Macron s’apprêtait à décoller pour l’Algérie. « En l’absence du chef de l’État, le Premier ministre doit se trouver en métropole », rappelle Edouard Philippe. Cette règle a souffert de nombreuses exceptions, tout récemment encore, mais Philippe n’a rien trouvé de mieux à sortir aux Français. Comme le suggère avec esprit Richard Hanlet dans Boulevard Voltaire, nos éminences sont sans doute des fans de la série Designated Survivor, excellente au demeurant, où l’on voit un obscur sous-secrétaire d’État au Logement finir le mandat du président des USA, après l’assassinat de masse de tout l’exécutif…

Au même moment, on apprend que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a convié sa famille au sens large à passer les fêtes de Noël et du Nouvel An à Paris. Pour transporter neuf personnes et un chat, des policiers du SDLP, le service de protection des hautes personnalités, ont été spécialement réquisitionnés durant cette période où les effectifs se raréfient. Ce caprice ministériel tombe d’autant plus mal que la semaine dernière, un membre du SDLP s’est donné la mort devant une gendarmerie. Son suicide a mis en exergue les conditions de vie de ces fonctionnaires comme l’un des facteurs favorisant le passage à l’acte. « Une vie familiale éclatée en raison d’horaires imposés à la dernière minute, parfois justifiés par l’urgence mais d’autres fois pour le confort d’une huile », a asséné un syndicaliste policier.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 22 décembre 2017