Star Wars : des étoiles jusqu’à nous

La sortie du huitième volet de la célébrissime saga Star Wars, space opera de capes et d’épée galactique, est l’occasion d’une petite réflexion sur le sens tantôt évident tantôt caché du message qu’elle peut transmettre.

Au-delà de la portée purement divertissante du block-buster américain fantasque, Star Wars est un univers empruntant autant à la culture populaire américaine qu’à la culture classique européenne. Maniant les concepts clés de nos civilisations occidentales dans ses énigmes et ses paradoxes : raison et émotion, guerre et paix, bien et mal. Mais au-delà du dualisme si cher à nos conforts intellectuels, quelle complexité plus grande interroge vraiment Star Wars ?

Le mythe de la princesse guerrière : à travers les personnages de la princesse Leïa, Padmé, Rey. Du chemin d’initiation : chez Luke, Anakin, Rey, Kylo Ren. De la (re)fondation d’un ordre ancien, multiséculaire et opposé en si peu comme en tant : Jedi et Sith. C’est l’expression de la petite aventure commençant dans la maison familiale et qui devient la grande épopée, à travers des mondes exotiques baignés chacun de leurs mythes et de leurs légendes. C’est toujours la même esthétique du truchement entre le microscopique et l’immense, donnant cadre à des monarchies stellaires et des républiques finissantes. Esthétique archéo-futuriste à la croisée du fasciste du soviétique où se côtoient métal hurlant et lames abattues. C’est toujours encore l’aventure chrétienne du sans-grade, l’opprimé ou l’affamé, qui domine sa propre vie par la conquête et le sacrifice évoquant le Christ comme le bushido samouraï, ou la réception de l’enseignement des anciens. Tradidi quod et accepi, je vous ai transmis ce que j’ai reçu, est d’ailleurs prononcé dans ce dernier opus. C’est aussi la place primordiale du rituel qui sanctuarise les concepts, les codes et les valeurs plutôt que les individus, poussières d’étoiles s’ils ne s’assemblent pas dans la camaraderie et la fraternité. L’élection par la dynastie et le lignage, d’un côté comme de l’autre, de forces de la nature cherchant la rédemption au prix d’un lourd tribut. Pas d’impasse sur la musique, extrêmement virtuose de cuivres et de violons qui, à la manière des musiciens de cour ou des tragédies lyriques, accompagne l’action pour la dramatiser et lui donner une portée plus symbolique que purement esthétique. Musique dont le chef d’orchestre Gustavo Dudamel a dit qu’elle peut indéniablement s’inscrire dans les pas de Mozart, Bach, Mahler ou Chostakovitch. Toutes ces raisons, il y en a d’autres, font de l’œuvre un motif digne d’être appréhendée au moins une fois.

En bref, le nanar patricien, l’Odyssée pour les nuls qui veulent l’être moins, la Grande Histoire accessible au peuple, la parabole évangélique. Voilà Star Wars, dont Virgile s’il eût contemplé l’immensité sidérale aurait pu parler en ces termes : sic itur ad astra, c’est ainsi que l’on va vers les étoiles.

Article paru sur le site de Lerougeetlenoir.org